Si vous visitez la Martinique entre la Toussaint et Noël, vous entendrez certainement des sonorités à base de tambour et verrez des gens chanter en chœur. Ne soyez pas étonnés, il s'agit des traditionnels « Chanté-Nwel ».

Cette tradition martiniquaise remonte à l’époque de l’esclavage. Le Code Noir imposait que les esclaves soient « baptisés et instruits dans la religion catholique romaine ». Aux cantiques de Noël en français, chantés à l’église, se sont alors mêlées des sonorités venues d’Afrique, leur terre d’origine, ainsi que des ritournelles, c'est-à-dire des paroles en créole, tantôt sacrées, tantôt profanes. Ces chants étaient accompagnés de tambours et d’autres instruments appris auprès des Jésuites pour les offices religieux.
Des siècles plus tard, au 20ème siècle, les Chanté-Nwel se sont transmis dans la sphère familiale et amicale : voisins, proches et amis se retrouvaient pour chanter ensemble. Mais le Chanté-Nwel ne se résume pas à de simples cantiques de Noël chantés en public. C’est un véritable moment de communion qui unit tradition martiniquaise, chrétienté et gastronomie festive. En chantant, chacun partage aussi un repas auquel tous ont contribué, souvent sous forme de buffet. Le shrubb (boisson traditionnelle à base de rhum et d’agrumes), les bouteilles de rhum et les saveurs locales accompagnaient naturellement ces soirées.
Aujourd’hui, plusieurs siècles après l’esclavage, la tradition perdure en Martinique. De nouvelles chansons, entièrement en créole, ont enrichi le répertoire. Parmi elles, « An nou chanté Nwel » de Loulou Boislaville, qui ouvre souvent les célébrations.

Des groupes tels que Ravine Plate (photo ci-contre), Bakoua Nwel, Rassin' Nwel, Kantik Vauclin, Mazincoin et autres sillonnent la Martinique et rassemblent des foules venues avec pour seul objet le recueil vert où sont inscrites les paroles des cantiques de Noël.