La Martinique est connue dans le monde entier sous le surnom de « l'île aux fleurs », mais on peut aussi lui trouver le surnom de « l'île des revenants ». Pourquoi l'île s'appelle-t-elle l'île des revenants ?

Elle doit son surnom à une citation écrite dans Histoire générale des Antilles habitées par les Français par Jean-Baptiste du Tertre (1610-1687), homme d'église et botaniste qui fit plusieurs voyages en Martinique dans les années 1640. Il écrit notamment à cette époque :
Le mode de vie dans le pays est si agréable que je n'ai pas vu un seul homme, ou même une seule femme, qui soit revenu de là-bas sans une grande passion pour y retourner.

Plus tard, Roger Vercel (1894-1957), écrivain-voyageur, a publié en 1954 un livre intitulé « L'île des revenants ». Dans ce livre, l'auteur français parle de la Martinique comme de l'île du retour et se voit sûrement y revenir. Il revenait alors d'un voyage dans les Antilles françaises et reprenait l'expression déjà utilisée par Jean-Baptiste du Tertre.
La Martinique, pour beaucoup, est l'île d'un retour inévitable car au fil des années, des décennies et de son histoire, plusieurs hommes plus ou moins célèbres ont choisi de revenir sur l'île. Si de nombreux ressortissants de l'île la quittent pour des raisons professionnelles (études, travail), pour explorer de nouveaux horizons, la plupart reviennent toujours à la fin d'une étape de leur vie (fin des études, chômage, séparation, retraite).
De même, de nombreux touristes ayant séjourné sur l'île sont souvent revenus pour revoir et profiter une seconde fois de ce petit paradis resté dans leurs mémoires. Certains y ont même établi leur base de vacances et reviennent régulièrement sur l'île. D'autres ont même choisi l'île comme lieu de résidence pour leur retraite.

Parmi ces Martiniquais célèbres qui sont revenus sur l'île, on peut citer notamment des hommes comme Victor Depaz, qui a eu le malheur de perdre toute sa famille lors de l'éruption de la Montagne Pelée. Il revint cependant sur les terres de son enfance, achetant la maison où il avait grandi et construisant la distillerie Depaz. Il y a aussi Aimé Césaire, auteur du Cahier d'un retour au pays natal, qui revient sur ses terres natales après ses études à Paris pour défendre la cause de ceux qu'il appelle son peuple.
Comme eux, de nombreux Martiniquais ont préféré émigrer pour profiter d'opportunités ailleurs (France métropolitaine, Europe, Amérique du Nord et du Sud), pensant qu'ils trouveraient parfois l'herbe plus verte ailleurs, mais une fois installés, la chaleur, les relations humaines, le calme et la douceur de leur île natale leur ont laissé un peu de nostalgie. Dès que l'occasion s'est présentée, ils sont revenus sur l'île. Cependant, leur réinsertion sur l'île n'est pas toujours un véritable succès car ces « déracinés » ont perdu leurs habitudes « antillaises », et ils doivent parfois se résoudre à retourner sur leurs terres d'exil.

Ainsi, la Martinique a connu plusieurs vagues d'émigration au cours de son histoire, principalement pour des raisons liées au chômage sur l'île. L'une des plus importantes a été le BUMIDOM (Bureau pour le développement des MIgrations dans les Départements d'Outre-Mer). Le Bureau pour le développement des migrations dans les départements d'outre-mer est une organisation créée par Michel Debré en 1963. Alors que l'île est frappée par un fort taux de chômage dû à la crise de l'industrie sucrière aux Antilles, un appel est lancé par le gouvernement métropolitain pour favoriser l'émigration des Afrodescendants des départements d'outre-mer vers la métropole qui manque alors de main-d'œuvre. C'est ainsi que près de 16 580 Martiniquais quittent leur île pour s'installer en métropole, dans des conditions de vie souvent très éloignées de celles promises par la campagne de propagande. De là sont nées des générations d'Antillais appelées « Négropolitains » ou « Nég'zagonal », terme qui désigne un Antillais né en métropole. Ces derniers ont parfois tenté de s'installer sur une île qui était leur « destination de vacances » avec plus ou moins de succès.

L'autre grande vague a eu lieu lors de la construction du canal de Panama en 1906. Ces exilés qui rêvaient d'une vie meilleure que celle des champs de canne à sucre ont été fortement déçus par la réalité de la vie qui les attendait. Le retour promis sur leur île natale n'a même pas été offert en raison de la guerre de 1914 qui venait d'éclater en Europe.

Aujourd'hui, de nombreux jeunes quittent l'île une fois le baccalauréat obtenu pour poursuivre leurs études en métropole. L'île perd donc de nombreux jeunes et la conséquence directe est le vieillissement de la population et la diminution progressive du nombre d'habitants sur l'île (378 243 habitants en 2015 contre 394 173 habitants en 2010 selon l'INSEE). Si certains reviennent à la fin de leurs études, d'autres s'installent définitivement en métropole ou à l'étranger. Reviendront-ils plus tard sur leur île, si chère à leur cœur, pour perpétuer ce surnom ?