Occidentalisation de la femme martiniquaise
L'après Guerre va considérablement marquer un tournant dans le quotidien de la Martiniquaise (culturel, son style vestimentaire, ses icônes, etc...) Premièrement, une véritable politique d'assimilation à la nation française est mise en place au niveau de l'État dès le plus jeune âge. Le jeune martiniquais se voit dispenser des cours d'éducation civique où le patriotisme (apprentissage de la devise française « liberté, égalité, fraternité », la Marseillaise, le respect du drapeau tricolore, etc...) est constamment abordé.
D'un autre côté, l'arrivée de médias de masse (radio, télévision, journaux papier) va encore inciter le Martiniquais à s'inscrire dans ce qui constitue la norme de la culture française. Le français répandu à forte dose (administration, médias) et enseigné aux enfants est favorisé alors que le créole qui était parlé dans les plantations est dévalorisé et dépeint plus comme la langue des « non-instruits ». Il faut dire que la Martinique était en pleine transition entre l'économie des habitations et la tertiarisation. La différence se creuse entre la famille où les enfants parlaient le français « enfants de bonne famille » et celles qui parlaient le créole.
La langue parlée par les enfants était une preuve du niveau de vie de l'ensemble de la famille et du niveau d'instruction des enfants. Jacques Brel, Charles Aznavour, Edith Piaf, Dalida, Sylvie Vartan, Joe Dassin passionnent les Martiniquaises pour qui jusque là, la musique française était inconnue. De la culture dominante française entre 1945 et les années 80, le phénomène de mondialisation avec les États-Unis en pôle position, va lui ravir cette place de choix. Ainsi les icônes féminines cessent d'être françaises pour devenir américaines.
La transition sera lente cependant car la Martinique s'appropriera à la fois la culture française et celle des États-Unis qui mettaient sur le devant de la scène des stars noires américaines, descendantes d'esclaves comme Tina Turner, Aretha Franklyn, Diana Ross ou Gloria Gaynor. Les familles se déchirent ces deux concepts culturels car d'un côté, la Martinique est française et de l'autre, l'Amérique a une proximité spatiale et historique avec la Martinique malgré ce « défaut » de la barrière de la langue. L'apparition de groupes locaux comme Malavoi, la Perfecta ou encore plus fort, Kassav va être la transition entre les deux.
Des jeunes Martiniquais se lancent dans la musique en s'appropriant pleinement la culture martiniquaise melting-pot d'origines diverses, agrémentée de sonorités caribéennes, américaines, françaises, européennes et africaines. De plus, la langue créole n'est plus perçue comme la langue des « non-instruits » mais comme une langue d'appropriation de sa propre culture et son histoire. Aujourd'hui, la Martinique est un pluriel culturel, les icônes sont à la fois américaines, françaises, caribéennes et bien sûr locales.
Dans ses habitudes vestimentaires, la Martiniquaise abandonnera progressivement les vêtements qu'elles se cousaient elle-même, pour acheter dans les magasins important directement des habits depuis la métropole. Le madras quitte définitivement l'habillement quotidien martiniquais pour être remplacé par des robes, jupes, chemisiers, et autres portées par les européennes.
A l'image de la culture, la mondialisation aura raison du dressing des Martiniquaises qui s'occidentaliseront avec le tailleur pour aller travailler. Attention par contre, le climat ne permet pas aux femmes martiniquaises de se passionner pour les podiums des défilés de mode présentant la collection automne-hiver. Seules les tenues d'été des pays occidentaux arrivent sur le port de Fort-de-France.
Le costume traditionnel porté fièrement au début du 20ème siècle est désormais perçu que comme un outil de promotion touristique. Aussi ne soyez pas choqué de ne le voir qu'à votre arrivée à l'aéroport dans le cadre de promotions touristiques en Juillet-Août ou sur le quai des croisières. Il est toujours présent au carnaval de Fort-de-France revêtu par les femmes séniors et Reines-Mères.