• La femme martiniquaise de l'Arawak à la Créole actuelle : Histoire d'un « poto mitan »

    81 minutes

George Arnauld : Militante, Ancienne Présidente de l'Union des Femmes de la Martinique

George Arnault, Ancienne présidente de l'Union des Femmes de la MartiniqueGeorge Arnauld naît en 1953 sur l'Habitation de canne à sucre, l'Espérance au François qui appartenait à la famille Hayot (Groupe commercial possédant des plantations, des centres commerciaux, grands magasins, concessions automobile, etc...) et y restera jusqu'à ses 15 ans, son père étant géreur de l'Habitation. Elle grandit au milieu des planteurs, coupeurs de canne et amarreuses qui vivaient dans les « cases-nègres ». Sa mère tenait une boutique sur la plantation et s'occupait des cahiers. C'était le lieu où les travailleurs venaient acheter de la nourriture.

Elle juge que son enfance aura été heureuse mais également dure quand elle voyait les faibles salaires des planteurs et coupeurs de canne reçus des mains de son père, le géreur, qui était armé d'un coutelas et un fusil pour l'occasion, la souffrance des femmes amarreuses qui subissaient le « droit de cuissage de la part des commandeurs ». Elle est touchée par les dures conditions de vie, la souffrance et la misère qui frappaient le personnel et prend à cœur leur situation sociale.

Elle assiste et est témoin de plusieurs grandes grèves et mouvements sociaux liés aux conditions des ouvriers de la canne à sucre notamment la crise de 1963 alors qu'elle n'avait que 10 ans. Son père refusait systématiquement le moindre mouvement social dans son habitation quitte à faire l'usage de ses armes. De plus, il avait plusieurs maîtresses sur la plantation dont sont nés plusieurs enfants.

Elle ne supporte pas non plus les caractères « hautains et arrogants » des Békés et se jugera même « raciste » jusqu'à ce qu'elle intègre la Quatrième Internationale et au Mouvement Internationaliste alors qu'elle était étudiante. En 1990, elle adhère à l'Union des Femmes Martiniquaises au cours d'une mission qu'elle a eu à l'Éducation Nationale en tant que Chargée de mission à l'éducation des jeunes filles.

Sollicitée par Solange Fitte-Duval alors Présidente de l'Union des Femmes Martiniquaises, elle voit là l'occasion d'apporter sa conviction féministe dans une association qui structurait ces idées au niveau politique. Elle devient Présidente de l'Union des Femmes de la Martinique en 1997 lors d'un congrès. Elle est restée à la tête de l'association jusqu'en 2009 où Rita Bonheur lui a succédé. Durant son mandat, elle a participé à de nombreux mouvements pour dénoncer le faible rôle voire l'absence totale des femmes aux plus hauts postes hiérarchiques et dans les plus grandes instances politiques, les inégalités salariales entre hommes et femmes, le sort des femmes battues et/ou tuées par leur compagnon.

Bien que plus Présidente, aujourd'hui, elle mène encore ce combat aussi bien pour restituer l'histoire des femmes martiniquaises qui ont intégré les luttes féministes et sociales en Martinique que pour les femmes actuelles encore victimes d'injustice ou d'inégalité face à l'emploi.

Elle est également Directrice du Centre d'Information et d'Orientation, membre et militante du Groupe Révolution Socialiste. Elle est mariée avec Gilbert Pago, historien et écrivain martiniquais.

En parlant de militantisme féministe en Martinique, on aurait pu citer également Solange Fitte-Duval, membre du Parti Communiste et Présidente de l'Union des Femmes de la Martinique de 1975 à 1993, Maïotte Dauphite fondatrice du Musée Paul Gauguin, Yvette Ebion, Présidente de l'Union des Femmes de 1993 à 1997, Geneviève Marie-Angélique ou Renée de Montaigne.

Écrivains et femmes politiques martiniquaises

Paulette Nardal (1896-1985) : femme politique et militante féministe

Paulette Nardal, Militante, inspiratrice du mouvement de la NégritudePaulette Nardal, naît à Saint-Pierre (Martinique) en 1896 dans une famille bourgeoise. Elle est la fille de Paul Nardal, un des premiers ingénieurs noirs de l'île et l'aînée d'une famille de 8 filles. Elle est âgée de 6 ans lors de l'éruption de la Montagne Pelée. Elle devient institutrice avant de décider de partir à Paris pour poursuivre ses études alors âgée de 24 ans.

Elle arrive à Paris en 1920 est s'inscrit à l'Université de la Sorbonne pour y faire des études d'anglais. Elle devient ainsi la première femme noire à étudier dans cette institution française. Elle profite de son installation à Paris pour s'intéresser à la vie culturelle de la capitale. Elle va au théâtre, assiste à des concerts, visite des expositions et musées. Elle fréquente le Bal Nègre, un célèbre ancien cabaret dansant antillais et club de jazz de Paris datant de 1800, un des rares endroits où elle retrouve ses repères culturels.

Elle reçoit chez elle à Clamart différents jeunes antillais ou de la diaspora noire pour les aider et les mettre en contact. Parmi eux, on peut citer le jeune Aimé Césaire, Léon-Gontran Damas, René Maran, Jean Price Mars, Claude Mc Kay ou Langston Hughes.

Elle y tient un salon littéraire où elle commence à défendre l'idée d'une émancipation des femmes et le concept de la « Négritude », un mouvement littéraire afro-français. Avec l'écrivain haïtien Léo Sajous, elle fonde la Revue du Monde Noir qui ne paraîtra que pour 6 numéros faute de moyens.

En 1937, elle rend visite à son ami Léopold Sedhar Sengor au Sénégal. Elle entre en politique, Paulette Nardal en étant l’assistante parlementaire du Député de la Martinique Joseph Lagrosillière, et du député du Sénégal Galandou Diouf. Elle s'engage contre l'envahissement de Mussolini en Éthiopie.

En 1939, elle échappe de peu à la noyade grâce à une chaloupe de sauvetage, le bateau qui la ramène de la Martinique ayant été touché par une sous-marin allemand au large de l’Angleterre. Elle aura cependant d'importantes séquelles dont de graves infirmités. Elle continuera cependant de militer notamment pour le droit des femmes au vote. Son infirmité la privera d'un poste aux Nations-Unis à New-York et elle rentrera en Martinique définitivement en 1945.

Elle crée le Rassemblement féminin et encouragera les femmes à aller voter en avril 1945 et à s'engager en politique.

Passionnée de musique, elle rédige un historique de la tradition musicale des campagnes martiniquaises (bèlè, le béliya, le bouwo, le ladjia). Paulette Nardal meurt le 16 février 1985, à l’âge de 89 ans.

Elle est la tante de Christiane Eda-Pierre, est une artiste lyrique de renommée mondiale.