Organisation de l'immigration et départ d'Inde
Organisation de l'immigration indienne
L'immigration indienne était réglementée. Il y avait deux formes d'immigration, l'une libre effectuée à titre individuel par les planteurs, l'autre massive sous contrôle gouvernemental. C'est la seconde qui prévaut. Le Ministère de la Marine et des Colonies signe avec des armateurs et des compagnies maritimes des traités prévoyant le transport régulier de contingents indiens. Le premier, conclu le 27 mars 1852 pour six ans avec le Capitaine Blanc prévoyait le transport de 4 000 Indiens vers les colonies françaises au prix de 500 francs par migrant. De ce contrat, 1191 Indiens ont été importés en Martinique. Le futur propriétaire devait rembourser le voyage et les 50 francs versés à l'engagé indien avant son départ pour la colonie.
Le 6 Mai 1853, environ 300 engagés arrivent en Martinique dans un bateau qui accoste à la rade de Saint-Pierre. Eux espéraient une vie meilleure, les planteurs et propriétaires d'habitation espéraient une main-d'œuvre bon marché capable de travailler de nombreuses heures avec une rentabilité maximale.

Le 25 avril 1855 est créée à Pondichéry la Société d’Immigration de l'Inde Française pour organiser le recrutement et l'expédition des Indiens vers les colonies françaises. Le 1er Juillet 1861, une convention franco-anglaise est signée afin de recruter des engagés dans le nord de l'Inde et de les faire partir depuis le port de Calcutta. Les ports de Pondichéry et Bombay ont aussi été le point de départ de cette immigration vers les Antilles. L'origine des Indiens migrants dans les colonies françaises était diverse. Jusqu'en 1861, ils provenaient de la région méridionale de Madras et c'étaient les Tamouls qui étaient majoritaires. Après, elle fut plus de Calcutta et le nord-ouest de l'Inde.
L'arrivée des Indiens en Martinique s'était négociée plutôt facilement avec le gouvernement Anglo-Indien car la famine sévissait à Madras et dans les districts du nord de l'Inde. Étant responsables de ces affamés, leur départ réduisait les dépenses qu'il avait à effectuer pour nourrir cette population.
Le Voyage de l'Inde aux Antilles
Les Indiens quittaient leur terre natale sans savoir ce qui les attendait à leur arrivée dans l'île. Beaucoup pensaient qu'il ne s'agissait que d'une mission temporaire et qu'ils rentreraient sur leurs terres natales une fois leur contrat fini. Avant leur embarquement, un agent gouvernemental regardait s'ils avaient pris leur décision en âme et conscience et que personne n'avait motivé ce départ loin de leurs terres sous la contrainte. Le bateau était surveillé et des vérifications étaient faites afin de tester sa fiabilité sur un voyage qui s'avérait être long.
En effet, deux mois étaient nécessaires pour rallier l'Atlantique et les îles de la Caraïbe. Il fallait donc veiller à avoir suffisamment de nourriture pour la durée du voyage et veiller à ce que chaque personne dispose d'un espace suffisant afin de supporter la traversée confortablement. Les conditions sanitaires étaient également très importantes. Ainsi, deux médecins voyageaient à bord (un Français et un Indien) afin d'intervenir en cas de problème médical.
Trop nombreux sur les navires, les émigrants étaient souvent sujets à toutes sortes de maladies (grippe, dysenterie, choléra et autres maladies pulmonaires). Le choléra a notamment fait beaucoup de victimes qui sont mortes avant même l'arrivée aux Antilles. Les naufrages également faisaient un nombre important de victimes. Ainsi, le « Souvenance », affrété le 28 décembre 1870 par le gouvernement français pour un transport entre Pondichéry et la Martinique et qui a quitté l'Inde le 15 mars de l'année suivante, a connu un naufrage dans le Canal du Mozambique entraînant le décès des 371 passagers de l'occupation.
La vie sur les bateaux était différente de celle des bateaux négriers. Les hommes étaient séparés des femmes, les couples mariés avec enfants des couples mariés sans enfant. Des agents gouvernementaux veillaient à la bonne tenue des relations et à l'organisation de la vie sur les bateaux. Ceci n'empêchait pas cependant les révoltes des immigrants ni les sévices commis par l'équipage. Après deux mois de voyage parfois tumultueux, ils arrivaient en Martinique. Le débarquement avait lieu à Saint-Pierre puis a été déplacé à partir de 1857 à Fort-de-France où un « dépôt des immigrants » est construit à leur intention sur la rive droite, à l’embouchure de la rivière Levassor. Une fois les formalités administratives remplies, les travailleurs sont attribués aux engagistes qui leur devaient logement, nourriture et soins.