Les femmes sous la colonisation et l'esclavage
Durant la colonisation et après la fin des Indiens Caraïbes, la population était exclusivement noire et blanche. Attention cependant elle était très segmentée et hiérarchisée. Plus un individu avait du sang blanc (le sang pur) et plus il jouissait d'avantages et de libertés. On remontait à plus de 6 générations pour classifier la population. Ainsi la base était de 256.
Si une personne avaient 256 parties blanches (arrières-grands-parents de ses arrières-grands-parents) elle était blanche. En deçà, elle était « sang-mêlé » et encouragée à continuer son union avec les blancs. Ensuite, on retrouve le mamelouc (1 arrière-grand-parent noir), le quarteron (1 grand-parent noir), ou le métis ou le mulâtre (1 parent noir), puis le câpre ou le griffe enfant d'un mulâtre et d'un Noir et enfin le Noir.
L'épouse du colon : la femme de la société de l'élite
Une traite des Blanches ?
Au début de la colonisation, la population d'origine européenne était presque exclusivement masculine. Les femmes ne sont arrivées en grand nombre qu'après que les Indiens Caraïbes eussent été chassés des terres. Ce sont essentiellement des orphelines et des prostituées qui furent envoyées en Martinique dans un phénomène qui a été appelé la « traite des Blanches » par des associations féministes françaises. Le but était de procurer des épouses aux nobles (cadets), marins, marins, soldats, commerçants, ouvriers, engagés (Blanc travaillant 3 ans sur une plantation) ou les indigents envoyés de force en Martinique.
Entre 1680 et 1685, 250 filles blanches sont envoyées en Martinique par Versailles. A la demande de ces nouveaux habitants de la Martinique, les capitaines de navire amenaient en plus de leur chargement un groupe de femmes, « pauvres créatures » disposées par la persuasion à s'expatrier pour trouver un mari. Les sources divergent sur le fait qu'elles étaient volontaires ou contraintes à l'expatriation. La seule exigence des colons étaient que ces femmes soient bien portantes. Ils voulaient travailler en étant sûrs que ces femmes étaient dignes de ne pas voler les biens qu'ils avaient cumulés jusqu'ici.
A leur arrivée dans l'île, elles étaient, comme toute marchandise, présentées sur une estrade et étaient l'objet d'enchères (vente à l'encan). Le plus offrant remportait la mise. Elles étaient attribuées individuellement. Très peu de temps après l’adjudication, la bénédiction nuptiale avait lieu. De ces unions sortaient de fécondes lignées. Bien que ces « transactions » aient été longtemps niées, elles ont bel et bien existé !
Certains colons refusaient ce marché et préféraient se rendre directement en métropole pour chercher une digne compagne issue de la noblesse française. C'est le cas du colonel François de Collart qui partit en métropole pour épouser une héritière de la noble famille Sainte-Marthe de Poitou. Les européens vivant en Martinique n'étaient pas tous Français.
Ils pouvaient être aussi flamands, écossais, hollandais ou anglais. Ainsi Joséphine de Beauharnais (cf voir ci-dessous) avaient des origines orléanaises, normandes, nantaises, parisiennes et anglaises. A l'époque les unions entre hommes Noirs et femmes Blanches étaient quasi-inexistantes. Seulement au début de la colonisation, on a pu compter quelques mariages entre européennes et mulâtres.
La « Traite des Blanches » n'a pas duré longtemps parce que beaucoup d'hommes préféraient les Créoles avec qui ils avaient en commun le fait d'être nés dans l'île. Ils se tournaient donc vers des femmes esclaves ou encore des libres de couleur. Ainsi, dès 1685, l'envoi de filles blanches vers les colonies françaises ne se faisaient plus que vers Saint-Domingue. En plus des femmes noires créoles, les Blancs créoles estimaient qu'il y avait suffisamment de jeunes filles et veuves créoles ou européennes localement. L'équilibre numérique entre hommes et femmes dans la population blanche n'allait être établi qu'à la fin du 18ème siècle grâce aux naissances sur place.
Une vie passive ?
Contrairement à l'idée véhiculée, les femmes blanches européennes et femmes blanches créoles n'avaient pas une vie passive. Elles n'étaient pas non plus que des génitrices tel qu'on pourrait le croire. Ces femmes étaient des mères au foyer, des épouses, des nourrices, des marchandes, des institutrices, des actrices ou organisatrices de spectacles, des propriétaires de boulangerie, des rentières, et même parfois des maîtresses de plantations. Elles n'étaient pas non plus riches d'office. Certaines avaient des conditions de vie des plus modestes, elles venaient soit d'arriver de métropole ou encore n'étaient pas mariées.
Elles étaient obligées de travailler pour subvenir à leurs besoins nourriciers. Les femmes mariées n'étaient pas reste. Elles ont aussi travaillé et ont parfois occupé des postes de marchandes notamment dans les villes de Saint-Pierre et de Fort-Royal (ancien nom de Fort-de-France). Les marchandes vendaient localement des matières premières ou encore des biens fabriqués (robes, confiseries, liqueurs) localement. Elle était en faible nombre dans le commerce transatlantique.
Quand elles arrivaient en Martinique, les femmes n'avaient pas la garantie d'épouser un colon installé sur place, ni même de pouvoir rentrer en métropole car il fallait pour cela posséder les frais de retour pour le long voyage transatlantique. Elles devaient donc travailler pour subvenir à leurs besoins. Elles intégraient la maison des propriétaires terriens en vivant sur la plantation, et y travaillaient soit comme domestiques, couturières ou nourrices. Concernant ce dernier métier, on leur préférait les Noires qui avaient une « nourriture plus régulière et étaient moins impressionnables ».
Les femmes pouvaient hériter de leur mari la gestion de leur plantation à leur mort. Elles devaient donc être à même de pouvoir gérer la plantation à tout moment, tout en ayant leur rôle de mère à endosser. Quant à leur rapport avec les esclaves, on aurait pu croire que les femmes auraient eu un comportement plus souple avec les esclaves mais il n'en a rien été. Elles se conduisaient telles que leur mari défunt et torturaient de la même façon hommes et femmes en cas de comportement inapproprié aux règles dans la plantation.
Il n'y a pas non plus eu de « sororité » (fraternité de femmes), les femmes esclaves subissaient les mêmes châtiments que les hommes. Certaines ont cependant souhaité l'affranchissement de leurs esclaves et l'inscrivait dans leur testament mais la politique de l'époque n'était pas favorable à ceci. Jeunes, elles allaient à l'école où les cours étaient donnés par des Sœurs venues de métropole. Dès leur plus jeune âge, on leur enseignait tous les rudiments pour être de futures bonnes épouses et mères au foyer.
L'enseignement était plus religieux que théorique. La prière tenait la même place que l'apprentissage de la lecture et l'écriture. En effet, à l'époque être mère n'était pas qu'éduquer son enfant, c'était aussi lui transmettre les enseignements religieux et cela était une tâche qui incombait aux femmes blanches créoles.
Joséphine de Beauharnais : de créole à épouse de Napoléon
Joséphine de Beauharnais naît le 23 juin 1763 aux Trois-Ilets en Martinique sous le nom de Marie-Josèphe-Rose de Tascher de la Pagerie. Elle était la fille d'une riche famille de planteurs tout deux nés aussi en Martinique. A l'âge de 16 ans, elle est envoyée en métropole où elle épouse peu après Alexandre de Beauharnais, un ami de la famille. Elle se rapproche de la noblesse française, sa famille faisant partie de la très ancienne noblesse.
Trompée et humiliée par un mari volage, ils se séparent et Josèphe-Rose se retrouve seule avec ses deux enfants en 1794. Son ex-mari est guillotiné et elle parvient à s'échapper et sauver ses enfants. Désormais pauvre et veuve, elle rebondit cependant rapidement. Mondaine, passionnée par la mode et les toilettes, elle se complait dans les salons de dame les plus en vue de la bonne société du Directoire.
Elle fait la connaissance de Napoléon Bonaparte alors qu'elle a 32 ans, via Barras dont elle était la maîtresse... Éperdument amoureux de Joséphine qu'il prénomme de la sorte car ce prénom n'avait jamais utilisé par ses autres amants, il l'épouse le 9 mars 1796. Napoléon parti dans l'armée de l'Italie grâce aux relations de sa femme, Joséphine connue pour une être une insatiable sexuelle et une séductrice hors-pair le trompe avec un capitaine de hussards. Elle se met ensuite au service de son mari qui souhaitait conquérir le pouvoir à commencer par le coup d'État de Brumaire.
Le couple est consacré lors du sacre à Notre-Dame. Le mariage civil est renforcé par une cérémonie religieuse la nuit précédant le sacre. Incapable de donner à Napoléon, l'héritier dont il avait besoin, elle doit se résoudre à divorcer pour raison d'état le 16 décembre 1809. Elle conserve le titre d'Impératrice des Français, hérite de l'Élysée et du château de la Malmaison situé à Rueil Malmaison. Elle y finira sa vie épanouie en tant que mère et grand-mère, recevant aussi de nombreuses visites de têtes couronnées européennes.
Napoléon qui avait conservé toute son affection pour elle, continuera de lui rendre visite et même de l'aider financièrement suite à plusieurs endettements.
Elle meurt le 29 mai 1814 à l'âge de 50 ans des suites d'une pneumonie.