Les « Koulies » indiennes, chinoises et congo
Tout d'abord, il convient de rétablir la définition du mot « Kouli » car aujourd'hui ce terme utilisé en Martinique n'est lié qu'aux cheveux. Aujourd'hui, un « kouli » en Martinique est un noir aux cheveux lisses tels que peuvent les avoir les populations indiennes ou descendantes des indiens. Il désigne par la même occasion les cheveux lisses. Ainsi si vous entendez ce terme aujourd'hui sachez qu'il n'a aucun rapport avec son sens initial car en effet un « Kouli » désignait une personne engagée contre un contrat d'une durée déterminé et un salaire, lors des différentes campagnes d'immigration qui ont eu lieu à la fin de l'esclavage. Par conséquent, les Indiens, Chinois et Kongos arrivés pour travailler dans les champs de canne à sucre dès les années 1850 sont tous des koulis.
La femme kongo
Après l'esclavage, les nouveaux libres refusent de reprendre les travaux dans les champs et de travailler pour ceux qui étaient jadis leurs bourreaux. Les planteurs font pression auprès du gouvernement colonial pour soumettre de force les anciens esclaves à revenir dans les champs mais celui-ci ne possède aucun moyen de pression pour les faire revenir. Ils sont donc obligés de se tourner vers l'extérieur et donc une immigration de travailleurs étrangers.
C'est un peu logiquement vers l'Afrique qu'ils se tournent, ce continent ayant fourni une main d’œuvre importante lors de la traite négrière. Cependant, il s'agira là de recruter des travailleurs libres, pour une durée déterminée, contre un salaire avec la garantie d'un rapatriement à la fin de leur contrat. Ce recrutement va se faire en deux phases.
La première de 1854 à 1856, allait se faire chez de jeunes africains libres acceptant volontairement d'aller travailler en Martinique, la seconde de 1857 à 1862, se fera sur du rachat des esclaves qui devenait libres une fois recrutés. L'esclavage et la traite négrière ayant été abolis, il était interdit de contraindre des employés à un travail forcé. Selon les chiffres entre 9000 et 10 552 africains arrivèrent en Martinique. Ils étaient appelés les « Kongos » car venant majoritairement de la région de l'Afrique centrale (Gabon et les deux Kongos).
Statutairement ils restent « immigrants » et n'ont pas la citoyenneté française telle que pouvait l'avoir les descendants des anciens esclaves. Le rapatriement qu'on leur avait promis était taxé sur leur salaire et peu (deux cas recensés) ont eu l'occasion de rentrer dans leur pays natal une fois leur contrat fini. Le salaire n'était pas le même selon les engagés. Les Indiens, suivis des Chinois percevaient plus d'argent que les Kongos. Ces immigrants africains avaient leur propre langue, parfois des langues différentes selon les ethnies dont ils provenaient.
Ils arrivaient très jeunes aux Antilles. Le recrutement s'effectuaient sur des jeunes entre 10 et 24 ans. Ils étaient donc principalement adolescents ce qui explique leur plus rapide assimilation à la culture créole. Attention cependant, dans un système de « blanchiment de la peau », la peau blanche des Chinois et les cheveux raides et lisses des Indiens étaient plus facteurs d'inclusion que chez les Kongos qui avaient la peau noire et les cheveux crépus. Au début, même la population locale, les Noirs Créoles, les méprisaient et les raillaient, les traitant de nouveaux esclaves à la botte du Béké.
L'immigration africaine avait pour raison principale que les planteurs considéraient les Africains comme meilleurs travailleurs dans les plantations. Il redoutaient cependant qu'ils s’intègrent dans la population locale qui avait des revendications salariales et s'allient avec la population locale augmentent ainsi les tensions sociales. La mortalité était forte car deux ans après, il n'y avait plus que 7000 Kongos en Martinique sur les 10 000 arrivés dans l'île. Une épidémie de fièvre jaune avait frappé la population martiniquaise faisant de nombreuses victimes.
On possède peu de sources sur les femmes Kongos et leur rôle dans la plantation et leur famille. Ce qu'on sait c'est qu'elles étaient les favorites des planteurs créoles et des Européens.
L'Africain ne semble-t-il pas être l'homme que la nature a façonné pour le travail de la terre sous le soleil du tropique ? En le faisant naître dans des régions brûlantes, elle l'a rendu insensible à la chaleur de nos climats...l'Afrique seule pouvait fournir des femmes en nombre suffisant et travaillant à l'égal des hommes, à la différence des femmes indiennes de complexion délicate et aux formes exiguës. Il était important que les femmes viennent, car plus dociles, elles pouvaient se plier facilement aux exigences d'une position nouvelles.
Ils ont été éparpillés un peu partout dans l'île même si ils étaient plus nombreux dans le Sud de la Martinique.
Les femmes et les hommes Kongos ont intégré les plantations de canne de sucre. Ils travaillaient 12 heures par jour entrecoupées de deux pauses.
La femme indienne
De même que pour l'immigration africaine, les Indiens sont venus en Martinique en tant qu'engagé pour combler le manque de main d’œuvre suite à l'abolition de l'esclavage. C'est en 1853 qu'elle aurait commencé et se serait déroulé en deux étapes. Une première étape jusqu'en 1870 avec des Indiens de la région du Sud du Madras, c'était des Tamouls. Ensuite, ils venaient de Calcutta et le nord-ouest de l'Inde. Ainsi entre 1853 et 1885 année de la fin de l'immigration indienne 25.509 hommes et femmes sont arrivés dans l'île.
Ils étaient engagés généralement sur des contrats quinquennaux, contre un salaire (12,50 francs mensuels pour les hommes et 10 francs pour les femmes) avec la promesse d'un rapatriement dans leur pays d'origine à l'issue de leur contrat. Après des voyages longs de près de deux mois, ils arrivaient dans les plantations où les conditions de vie étaient très dures. En plus de journées de travail harassantes, ils vivaient dans conditions hygiéniques déplorables : les anciennes cases laissées libres par les esclaves de 9m² et sans lumière.
De plus, la nourriture qu'ils avaient comme portion journalière était faible. Elle était composée de quelques racines et féculents, de poisson salé, mais pas de viande, ni d’huile et autres condiments et encore moins de lait. Certains employeurs forçaient leur employés à travailler jour et nuit en les payant en retard. Ils étaient également victimes de mauvais traitements de la part des planteurs. De plus, leur rapatriement à la fin de leur contrat était loin d'être systématique. Les planteurs usaient de leur pouvoir de conviction pour contraindre les engagés à rempiler pour un nouveau contrat.
Les femmes indiennes étaient employées comme domestiques dans les maisons des planteurs.
La femme chinoise
Les Chinois arrivent en Martinique juste après l'esclavage. Contrairement aux Indiens et aux Kongos, ils n'auraient pas ou très peu travaillé dans les plantations de canne à sucre. Ils se sont très vite tournés vers le commerce et ont ouvert plusieurs magasins à Fort-de-France. Initialement, ils étaient venus pour les travaux des champs sur des contrats de huit ans, mais très vite ne supportant pas l'intensité du travail et la chaleur tropicale, ils ont préféré déserter et se tourner vers le commerce. La première vague d'arrivée a eu lieu entre 1858 et 1860. Seuls trois navires (le Fulton en septembre 1859, l'Amiral Baudin en septembre 1859 et le Galilée en 3 juillet 1860), ont été affectés au transport de Chinois vers la Martinique.
A l'époque 10 000 Chinois avaient été promis aux planteurs en manque de main d'œuvre. Il n'en sera rien. Au total, seuls 978 chinois seraient arrivés en Martinique avec un nombre de femmes très restreints.
Ils provenaient de Shanghai pour les deux premiers « convois » et Canton pour le dernier. Seul un de ces immigrants, bénéficiera du rapatriement en fin de contrat. Au cours du voyage sur le Galilée en 1860, un médecin et maître d'école du nom de Yung-Ting, s'engage « en retour des avantages qu'on a promis de lui faire obtenir à la Martinique » à traiter les émigrants malades pendant la traversée. Grâce à lui, les nouveaux arrivants chinois seront dispensés de travailler dans les champs de canne, pour la plupart et se tourneront naturellement vers les agglomérations et le commerce.
A l'époque la très forte mortalité qui frappait l'île a fait de nombreuses victimes dans leurs rangs. De plus, leur faible nombre comparé à la population locale, leur ouverture à des mariages mixtes a fait que leur apport à la culture créole est beaucoup moins important que les Indiens dont le nombre était près de 12 fois supérieur !