• Illustration de Frantz Fanon avec des guillemets

    Citations de Frantz Fanon

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À l'image d'Aimé Césaire, Frantz Fanon est l'un des Martiniquais, les plus connus de l'histoire et dont les pensées ont été scrupuleusement étudiées dans le monde entier. À l'instar du poète, Frantz Fanon dénonçait vigoureusement le colonialisme et l'assujettissement d'un peuple à un autre se croyant supérieur. Si certains de ses propos ont suscité de vives réactions hostiles en pleine guerre entre la France et l'Algérie, il n'en reste pas que Frantz Fanon est une figure internationale de la lutte anticolonialiste. Retour sur ses citations les plus marquantes.

Le noir qui veut blanchir sa race est aussi malheureux que celui qui prêche la haine du blanc.

Peau noire, masques blancs, 1952

Le Martiniquais est un Français, il veut rester au sein de l'union française, il ne demande qu'une chose, le Martiniquais, c'est que les imbéciles et les exploitants lui laissent la possibilité de vivre humainement.

Peau noire, masques blancs, 1952

Les nations européennes se vautrent dans l'opulence la plus ostentatoire.Cette opulence européenne est littéralement scandaleuse car elle a été bâtie sur le dos des esclaves,elle s'est nourrie du sang des esclaves,elle vient en droite ligne du sol et du sous-sol de ce monde sous-développé.Le bien-être et le progrès de l'Europe ont été bâtis avec la sueur et les cadavres des Nègres, des Arabes, des Indiens et des Jaunes. Cela nous décidons de ne plus l'oublier.

Les Damnés de la Terre, 1961

Chaque génération doit dans une relative opacité découvrir sa mission, la remplir ou la trahir.

Les Damnés de la Terre, 1961

La colonisation est une négation systématisée de l’autre, une décision forcenée de refuser à l’autre tout attribut d’humanité.

Pour la révolution africaine, 1964

Le régime colonial est un régime instauré par la violence. c’est toujours par la force que le régime colonial s’est implanté. C’est contre la volonté des peuples que d’autres peuples plus avancés dans les techniques de destruction ou numériquement plus puissants se sont imposés. Violence dans le comportement quotidien, violence à l’égard du passé qui est vidé de toute substance, violence vis-vis de l’avenir.

Afrique Action, numéro du 20 Février 1961

C'est mon professeur de philosophie, d'origine antillaise, qui me le rappelait un jour : Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l'oreille, on parle de vous.

Peau noire, masques blancs, 1952

La densité de l'Histoire ne détermine aucun de mes actes. Je suis mon propre fondement. Et c'est en dépassant la donnée historique, instrumentale, que j'introduis le cycle de ma liberté.

Peau noire, masques blancs, 1952

Quittons cette Europe qui n'en finit pas de parler de l'homme tout en le massacrant partout où elle le rencontre, à tous les coins de ses propres rues, à tous les coins du monde.

Les Damnés de la Terre, 1961

Le colonisé réussit également, par l'intermédiaire de la religion, à ne pas tenir compte du colon. Par le fatalisme, toute initiative est enlevée à l'oppresseur, la cause des maux, de la misère, du destin revenant à Dieu. L’individu accepte ainsi la dissolution décidée par Dieu, s'aplatit devant le colon et devant le sort et, par une sorte de rééquilibrage intérieure, accède à une sérénité de pierre.

Les Damnés de la Terre, 1961

Ne payons pas de tribut à l’Europe en créant des états, des institutions et des sociétés qui s'en inspirent. L'humanité attend autre chose que cette imitation caricaturale et dans l'ensemble obscène.
Si nous voulons transformer l'Afrique en une nouvelle Europe, l'Amérique en une nouvelle Europe, alors confions à des Européens les destinées de nos pays. Ils sauront mieux faire que les mieux doués d'entre nous.
Mais si nous voulons que l'humanité avance d'un cran, si nous voulons la porter à un niveau différent de celui où l'Europe l'a manifestée, alors il faut inventer, il faut découvrir.
Si nous voulons répondre à l'attente de nos peuples, il faut chercher ailleurs qu'en Europe.
Davantage, si nous voulons répondre à l'attente des Européens, il ne faut pas leur renvoyer une image, même idéale, de leur société et de leur pensée pour lesquelles ils éprouvent épisodiquement une immense nausée.
Pour l'Europe, pour nous mêmes et pour l'humanité, camarade, il faut faire peau neuve, développer une pensée neuve, tenter de mettre sur pied un homme neuf.

Les Damnés de la Terre, 1961

L'explosion n'aura pas lieu aujourd'hui. Il est trop tôt... ou trop tard.
Je n'arrive point armé de vérités décisives.
Ma conscience n'est pas traversée de fulgurances essentielles.
Cependant, en toute sérénité, je pense qu'il serait bon que certaines choses soient dites.
Ces choses, je vais les dire, non les crier. Car depuis longtemps, le cri est sorti de ma vie.
Et c'est tellement loin...
Pourquoi écrire cet ouvrage ? Personne ne m'en a prié.
Surtout pas à ceux à qui il s'adresse.
Alors ? Alors, calmement, je réponds qu'il y a trop d'imbéciles sur cette terre. Et puisque je le dis, il s'agit de le prouver.

Peau noire, masques blancs, 1952

Si tu ne veux pas l'homme qui est en face de toi, comment croirais-je à l'homme qui peut être en toi?

Pour la révolution africaine : Écrits politiques

Quand les nègres abordent le monde blanc, il y a une certaine action sensibilisante. Si la structure psychologique se révèle fragile, on assiste à un écroulement du Moi. Le Noir cesse de se comporter en individu actionnel. Le but de son action sera Autrui (sous la forme du Blanc), car Autrui seul peut le valoriser. Cela sur le plan éthique : valorisation de soi...

Peau noire, masques blancs, 1952

Mon ultime prière : Ô mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge !

Peau noire, masques blancs, 1952

Le racisme est une plaie de l'humanité.

Pour la révolution africaine : Écrits politiques

Au niveau des individus, on assiste à une véritable négation du bon sens. Alors que le colon ou le policier peuvent, à longueur de journée, frapper le colonisé, l'insulter, le faire mettre à genoux, on verra le colonisé sortir son couteau au moindre regard hostile ou agressif d'un autre colonisé. Car la dernière ressource du colonisé est de défendre sa personnalité face à son congénère. Les luttes tribales ne font que perpétuer de vieilles rancunes enfoncées dans les mémoires. En se lançant à muscles perdus dans ses vengeances, le colonisé tente de se persuader que le colonialisme n'existe pas, que tout se passe comme avant, que l'histoire continue. Nous saisissons là en pleine clarté, au niveau des collectivités, ces fameuses conduites d'évitement, comme si la plongée dans ce sang fraternel permettait de ne pas voir l'obstacle, de renvoyer à plus tard l'option pourtant inévitable, celle qui débouche sur la lutte armée contre le colonialisme.

Les Damnés de la Terre, 1961

Ce que nous affirmons, c’est que l’Européen a une idée définie du Noir, et il n’y a rien de plus exaspérant que de s’entendre dire : « Depuis quand êtes-vous en France ? Vous parlez bien le français. »
On pourrait me répondre que cela est dû au fait que beaucoup de Noirs s’expriment en petit-nègre. Mais ce serait trop facile. Vous êtes dans le train, vous demandez :
– Pardon, monsieur, voudriez-vous m’indiquer le wagon-restaurant, s’il vous plaît.
– Oui, mon z’ami, toi y en a prendre couloir tout droit, un, deux, trois, c’est là.

Peau noire, masques blancs, 1952

Le colonisé, donc, découvre que sa vie, sa respiration, les battements de son coeur sont les mêmes que ceux du colon. Il découvre qu'une peau de colon ne vaut pas plus qu'une peau d'indigène. C'est dire que cette découverte introduit une secousse essentielle dans le monde. Toute l'assurance nouvelle et révolutionnaire du colonisé en découle. Si, en effet, ma vie a le même poids que celle du colon, son regard ne me foudroie plus, ne m'immobilise plus, sa voix ne me pétrifie plus. Je ne me trouble plus en sa présence. Pratiquement, je l'emmerde. Non seulement se présence ne me gêne plus, mais déjà je suis en train de lui préparer de telles embuscades qu'il n'aura bientôt d'autre issue que la fuite.

Les Damnés de la Terre, 1961

La question qui se pose est la suivante : le Blanc peut-il se comporter sainement vis-à-vis du Noir, le Noir peut-il se comporter sainement vis-à-vis du Blanc ?

Peau noire, masques blancs, 1952

Cette Europe qui jamais ne cessa de parler de l’homme, jamais de proclamer qu’elle n’était inquiète que de l’homme, nous savons aujourd’hui de quelles souffrances l’humanité a payé chacune des victoires de son esprit.

Les Damnés de la Terre, 1961

Le racisme n'est pas un tout mais l'élément le plus visible, le plus quotidien, pour tout dire, à certains moments, le plus grossier d'une structure donnée.

Racisme et culture, 1956

Le colonialisme n'est pas une machine à penser, n'est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l'état de nature et ne peut s'incliner que devant une plus grande violence.

Les Damnés de la Terre, 1961

L’O.N.U n’a jamais été capable de régler valablement un seul des problèmes posés à la conscience de l’homme par le colonialisme, et chaque fois qu’elle est intervenue, c’était pour venir concrètement au secours de la puissance colonialiste du pays oppresseur. […] En réalité l’O.N.U est la carte juridique qu’utilisent les intérêts impérialistes quand la carte de la force brute a échoué.

Peau noire, masques blancs, 1952

C’est le regard porté par l’autre sur soi qui nous rend étranger à nous-mêmes

Les Damnés de la Terre, 1961

Le grand succès des ennemis de l'Afrique, c'est d'avoir corrompu les Africains eux-mêmes.

Afrique Action, numéro du 20 Février 1961

Le monde colonisé est un monde coupé en deux. La ligne de partage, la frontière en est indiquée par les casernes et les postes de police. Aux colonies, l'interlocuteur valable et institutionnel du colonisé, le porte-parole du colon et du régime d'oppression est le gendarme ou le soldat.

Les Damnés de la Terre, 1961

Pour le peuple colonisé, la valeur la plus essentielle,parce que la plus concrète, c'est d'abord la terre : la terre qui doit assurer le pain et, bien sûr, la dignité. Mais cette dignité n'a rien à voir avec la dignité de la personne humaine. Cette personne humaine idéale,il n'en a jamais entendu parler...

Les Damnés de la Terre, 1961

Il nous semble encore entendre Césaire : « Quand je tourne le bouton de ma radio, que j'entends qu'en Amérique des nègres sont lynchés, je dis qu'on nous a menti : Hitler n'est pas mort; quand je tourne le bouton de ma radio, que j'apprends que des Juifs sont insultés, méprisés, pogromisés, je dis qu'on nous a menti : Hitler n'est pas mort; que je tourne enfin le bouton de ma radio et que j'apprenne qu'en Afrique le travail forcé est institué, légalisé, je dis que, véritablement, on nous a menti : Hitler n'est pas mort. »

Les Damnés de la Terre, 1961

Plus d'informations

Frantz Fanon

Frantz Omar Fanon était un psychiatre et essayiste martiniquais. Médecin psychiatre, écrivain, combattant anti-colonialiste, Frantz Fanon a marqué le 20ème siècle par sa pensée et son action, en dépit d'une vie brève frappée par la maladie.

Domaine : Psychiatre, Militantisme anticolonialiste, Histoire, Écrivain
Date de naissance : 20 Juillet 1925
Date du décès : 6 Décembre 1961