Les dents longues de l’Amérique et l’Angleterre
Au niveau économique, la guerre était arrivée alors la situation était plutôt idéale. La campagne sucrière de 1939 a été exceptionnelle. Les planteurs y voyaient même une aubaine, c’était l’opportunité de faire de gros bénéfices comme cela avait été le cas lors de la Première Guerre Mondiale. Aussi n’hésitèrent-ils pas de faire de la surproduction (60 460 tonnes de sucre, 80 305 hectolitres de rhum).
Cette décision a été prise sans aucune anticipation et les problèmes rencontrés sont nombreux (manque d’engrais, de matériel de remplacement pour les usines, de magasins dans les usines, de foudres et de tonneaux pour stocker le rhum). En 1941, moins de 28 000 hectolitres étaient exportés vers la métropole.
En se focalisant sur la culture de la canne à sucre, ils avaient délaissé les cultures vivrières et localement la pénurie se fait ressentir. La nourriture venue de métropole est rare sur les ports locaux en raison du conflit et la population souffre de cette insuffisance de produits vivriers.
En manque de denrées alimentaires, l’Amérique devient la solution de recours ultime pour les îles de la Caraïbe isolées de leur métropole européenne. De son côté, la principale préoccupation des Américains est davantage la possibilité de voir les Allemands débarquer dans ces îles voisines proche du Canal du Panama où ils commerçaient avec l’Amérique du Sud.
En effet, le Canal du Panama à proximité est un enjeu crucial pour les Américains qui exerce un contrôle sur le canal. Le 30 juillet 1940, lors de la Déclaration de La Havane ils annoncent assurer l’administration des îles de la Caraïbe dont les françaises jusqu’au rétablissement du pouvoir en France.
Le 4 août 1940, l’Amiral Robert rencontre son homologue américain, John Greenslade qui est alors Commandant en chef des forces des États-Unis dans la Caraïbe, ensemble ils négocient :
- l’achat de denrées alimentaires et de matériels notamment du mazout pour les navires et les usines électriques à moindres coûts pour les colonies françaises des Antilles,
- une liberté de manœuvre des navires français dans la zone des Antilles tout en informant le gouvernement des États-Unis de chaque déplacement.
L’achat de produits américains sera financé par les fonds français bloqués aux États-Unis. Mais peu de temps après l’accord, l’Amiral Robert dénonce le non-respect de cet accord en parlant même de blocus.
Mais dans la réalité, il faudra cependant attendre cependant Avril 1943 pour que les Américains mettent fin définitivement à l’accord signé avec l’Amiral Robert à la suite de nombreux désaccords. L’Amiral Robert n’appréciait pas le fait de rendre des comptes aux Américains et pensaient que les achats de nourriture se faisaient au-delà des prix estimés. De là, le blocus devient total et la nourriture n’arrive plus dans l’île depuis les États-Unis ce qui conduira à un manque cruel de denrées alimentaires dans l’île.
Outre les Américains qui avaient fait main basse sur la gestion de la zone caribéenne, les Britanniques étaient également redoutés. En effet, la Martinique était devenue la base navale de la France après l’Occupation. De nombreux pétroliers étaient stationnés dans la rade de Fort-de-France.
Plus tard, l’unique porte-avions français, le « Béarn » chargé de 106 avions y sera aussi stationné puis 4 croiseurs auxiliaires dont l’un d’eux, le « Émile Bertin » possédait un véritable trésor, plus de 8000 caisses de 35 kg d’or représentant une valeur de 21 milliards de francs. Il restera en Martinique jusqu’à la libération de la France en 1943.
Aussi, la marine anglaise lourdement handicapée par la perte de plusieurs navires coulés par des sous-marins allemands présents dans l’Atlantique étudie la possibilité de s’emparer des bateaux français dans une île qui était désormais coupée de sa métropole. Ils avaient cruellement besoin de pétroliers pour acheminer le pétrole depuis l’Amérique vers leur pays.
Contrairement aux ordres reçus de la métropole, l’Amiral Robert entretenait des relations régulières avec les Anglais. La situation de pénurie alimentaire qu’il rencontrait dans les Antilles Françaises changeait forcément la donne. Les Anglais qui possèdent plusieurs îles dans l’archipel des Petites Antilles mettent la pression et le menacent de blocus commercial or les îles françaises ont besoin de commercer avec les Anglais. C’est donc ainsi que les Anglais sont autorisés à se rendre à Pointe-à-Pitre à plusieurs reprises notamment.
Cependant, un événement va amener Robert à veiller au grain. Du 3 au 6 juillet 1940, les Britanniques attaquent une escadre de la Martine nationale française présente dans le port militaire de Mers-el-Kébir dans le golfe d’Oran en Algérie. Cette attaque est surprenante dans la mesure où les deux pays étaient encore alliés malgré l’armistice signée entre la France et l’Allemagne Nazie.
Dès lors, Robert veille au grain. Il est hors de question de voir la France se faire déposséder de son bien. Les Anglais sont repoussés farouchement des eaux des Antilles Françaises et les relations se tendent entre les Anglais et l’administration française aux Antilles.