Colonisation et esclavage

L’exploitation des sols de ces petites îles fertiles est vue comme un gage de richesse dans le commerce de produits tels que le café, le cacao, le sucre de canne, le rhum.

Rencontre entre les Indiens Caraïbes et Christophe Colomb
Rencontre entre les Indiens Caraïbes et Christophe Colomb

Une fois arrivés dans les îles dans le but de conquérir le territoire et mettre en place des cultures exportatrices, les colons devaient faire face à de rudes oppositions des Caraïbes. Bien que disposant d’armes obsolètes comparées aux Européens, ils leur faisaient face et cela donnait lieu à de rudes batailles qui firent de nombreuses victimes dans les deux camps. De plus, l’adaptation au climat, à l’environnement et à une nourriture complètement différente de celle qu’ils consommaient sur leurs terres d’origine accroît les difficultés des Européens à s’approprier pleinement le territoire et s’y installer.

Afin d’exploiter les sols, les monarchies britanniques, espagnoles, hollandaises et françaises pensent d’abord à réduire à l’esclavage les Caraïbes et Arawaks vivants dans les îles. Mais cette solution n’est guère simple. Les Caraïbes refusent de se soumettre et opposent une farouche résistance, préférant même le suicide à être esclave de l’ennemi. Progressivement, les Caraïbes sont exterminées des différentes îles. Une autre solution est de proposer des contrats d’une durée déterminée à des engagés venus d’Europe pour exploiter les terres. Mais cette solution est temporaire et trop coûteuse pour en tirer un profit maximal.

Carte du commerce triangulaire
Carte du commerce triangulaire

La dernière sera la plus rentable. Faire venir d’Afrique des hommes déjà rodés au climat tropical qui seraient esclaves et travailleraient sans aucune contrepartie. C’est ainsi que se mettra en place le commerce triangulaire de l’esclavage. Pendant plus de trois siècles, près de 9 millions (selon Patrick Manning, historien américain) d'hommes, femmes et enfants venus d'Afrique seront réduits à l'esclavage dans les champs de tabac, café, cacao, canne à sucre et bananes. Le nombre de victimes serait cependant de près de 112 millions d'hommes (morts avant la vente dans les barracons où ils étaient parqués sur le port, au cours du transport, morts dans les champs, etc...).

Les voyages commençaient depuis les ports européens où les Européens embarquaient des pacotilles qu'ils vendaient en Afrique en échange d'esclaves. En échange, ils ramenaient des hommes de constitution solide qui seraient capables de travailler dans les champs pour fabriquer des produits agricoles voués au marché européen. Une fois arrivés dans les différentes îles, les esclaves étaient vendus aux planteurs et se voyaient ensuite attribuer une tâche dans les champs. Deux types d'esclaves existaient : les « esclaves des champs » et les « esclaves de maison ».

Les premiers travaillaient pendant des heures continues quelles que soient les conditions climatiques dans les champs. Ils s'occupaient de la récolte des produits voués à l'exportation en Europe. Les « esclaves de maison » étaient généralement des femmes. Proches des femmes des maîtres, elles devaient s'atteler à l'entretien de la maison principale, à l'éducation et aux soins apportés aux enfants. L'esclavage était régi dans toutes les colonies par un ensemble de textes appelé le Code Noir.

En cas de rébellion, ils étaient durement châtiés. Les humiliations publiques telles que les coups de fouet sur les corps nus et en public étaient légion. Nous traiterons de deux révoltes d'esclaves ici : celle de la Guerre Baptiste en Jamaïque et celle de la Révolution de Haïti en 1802 qui conduira à l'indépendance de l'île.

La Guerre Baptiste de la Jamaïque en 1830

Illustration sur les Guerres Baptistes
Illustration sur les Guerres Baptistes avec la destruction du domaine Boehmamton

Débutée par une protestation pacifique, la « Guerre Baptiste de la Jamaïque », connue comme étant la plus forte révolte d'esclaves des colonies caribéennes britanniques, a pris fin avec un soulèvement sanglant et la mort de plus de 600 esclaves. Inspirés par les mouvements abolitionnistes en Grande-Bretagne, le jour de Noël 1831, 60 000 à 300 000 (selon les chiffres) esclaves de la Jamaïque entament une grève générale. Sous la direction d'un pasteur baptiste et esclave du nom de Samuel Sharpe, les esclaves jurent de ne pas retourner au travail jusqu'à ce qu'ils aient reçu des libertés fondamentales et un salaire décent.

Portrait de Samuel Sharpe
Samuel Sharpe

Alors que les rumeurs se répandent que les colons britanniques prévoient d'utiliser la force pour mettre fin à la grève, la protestation se transforme alors en une rébellion ouverte. Dans ce qui est devenu la plus grande révolte d'esclaves dans l'histoire des Antilles Britanniques, les esclaves brûlent et pillent des plantations pendant plusieurs jours, provoquant près de 1,1 million de dollars en dommages et intérêts. Le bilan humain est beaucoup plus sévère. Au moment où l'armée coloniale britannique mobilisée s'interposa à la révolte, jusqu'à 300 esclaves et 14 Blancs avaient été tués. 300 autres esclaves, y compris le chef de file, Sharpe, sont par la suite pendus pour leur implication dans le soulèvement. Bien que les tensions soient retombées, les effets de la Guerre Baptiste ont finalement été ressentis jusqu'à l'autre côté de l'Atlantique. Un an plus tard, le Parlement britannique allait une fois pour toutes abolir l'esclavage dans l'Empire britannique.

La Guerre d'Indépendance de Haïti en 1802

Portrait de Toussaint Louverture
Toussaint Louverture


La révolte d'esclaves la plus réussie dans l'histoire, la Révolution haïtienne a commencé par une révolte d'esclaves et a fini par la création d'un État indépendant. L'insurrection principale commence en 1791 dans la précieuse colonie française de Saint-Domingue. Précieuse car à l'époque, Saint-Domingue était la « mine d'or » de l'empire colonial français en tant que premier producteur mondial de sucre (plus que toutes les colonies anglaises réunies !). Inspirés en partie par la philosophie égalitaire de la Révolution française et les idées des Lumières, les esclaves noirs lancent une rébellion organisée, tuant des milliers de Blancs et brûlant des plantations de sucre en chemin pour prendre le contrôle des régions du nord de Saint-Domingue.

Armée haïtienne lors de la Bataille de Vertières
Armée haïtienne lors de la Bataille de Vertières

Les troubles se poursuivront jusqu'à Février 1794, lorsque le gouvernement français abolit officiellement l'esclavage sur tous ses territoires. Le général rebelle célèbre Toussaint Louverture a ensuite rejoint les forces françaises avec les républicains et en 1801 a lui-même été établi comme gouverneur de l'île. Mais lorsque les forces impériales de Napoléon Bonaparte capturent Louverture en 1802 et tentent de rétablir l'esclavage, les anciens esclaves prennent à nouveau les armes. Dirigés par Jean-Jacques Dessalines, en 1803, ils défont les forces françaises à la bataille de Vertières (voir illustration ci-contre).

L'année suivante, les anciens esclaves ont déclaré leur indépendance et ont établi l'île comme la nouvelle république d'Haïti. Ce fut la première rébellion réussie, la seule révolte d'esclaves dans l'histoire, et à la fin, la fondation d'un nouveau pays a continué à inspirer d'innombrables autres révoltes à travers les États-Unis et les Caraïbes.