La France en crise malgré le Front populaire
En France, la situation économique est moins critique que les autres pays européens mais la population reste insatisfaite des réponses apportées à la crise. Les gouvernements se succèdent et c’est le Front Populaire, union de toutes les tendances de gauche qui va réussir à contenter les Français sur le point économique. En 1936, suite à un mouvement de grève massif des avancées sociales importantes sont accordées lors de la signature des accords Matignon (semaine de 40 heures, 2 semaines de congés payés, reconnaissance des droits syndicaux et une hausse des salaires).
Ces mesures ne suffisent cependant pas à éradiquer les difficultés financières et la population française reproche au gouvernement Léon Blum sa passivité, son absence de politique claire et son laxisme face aux différentes agressions des gouvernements nationalistes environnants. De plus, les composantes des différents partis de gauches qui le composaient n’étaient pas d’accord sur les stratégies à adopter face à ce qui se passait en Europe.
En 1937, le gouvernement du Front Populaire est renversé. Édouard Daladier du Parti Radical revient au pouvoir.
Le contexte économique en Martinique
En Martinique, la situation de la période d’entre-deux-guerres est différente. Lors de la guerre 14-18, la production de rhum était à son apogée. Les demandes avaient été très élevées en métropole et le secteur était flamboyant pour l’île au point de devenir le premier produit d’exportation.
Cette surproduction de rhum pour la métropole s’expliquait par son utilisation comme récompense pour motiver les troupes dans les tranchées humides et froides, dans les hôpitaux et les pharmacies comme désinfectant voire donné aux malades et amputés pour atténuer leurs douleurs mais également pour fabriquer des explosifs.
Le sucre n’est pas en reste. Si le sucre de canne avait perdu de son importance au début du 20ème siècle avec l’arrivée de celui dérivé de la betterave, il etait devenu le recours en raison des campagnes françaises ravagées par la guerre.

Le secteur agricole était donc le premier employeur de l’île avec comme produit phare la canne à sucre. Cependant cette embellie ne profite pas du tout aux ouvriers agricoles qui endurent de longues journées dans les champs pour des salaires modestes. Suite à plusieurs mouvements de grève en 1922, les ouvriers obtiennent une maigre augmentation du prix de la journée de travail. Mais les tensions restent nombreuses.
Entre 1920 et 1939, les demandes en sucre de canne baissent drastiquement et de nombreux petits planteurs doivent mettre la clé sous la porte. En effet, le sucre colonial devait affronter à nouveau le sucre des betteraviers et le gouvernement décida de baisser le quota de sucre importé en France métropolitaine. De nombreux coupeurs de canne furent licenciés et se retrouvèrent sans emploi. Les conflits sociaux et grèves se multiplient dans les campagnes.
Pour les planteurs, la banane devient alors le recours et une option de choix étant donné que depuis 1931, une loi protectionniste garantissait aux colonies d’être protégée sur le marché national par rapport à la concurrence étrangère.
À noter que les employeurs locaux avaient pu bénéficier d’une exception et les lois sociales adoptées en métropole dans le cadre des accords de Matignon par le gouvernement Léon Blum ne s’appliquaient pas aux Antilles.