• Bataillon de soldats prêts à s'engager pour la France brandissant le drapeau français

    La Seconde Guerre mondiale en Martinique et pour les Martiniquais

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Assimilation ou autonomie ?

Le fait divers précédemment évoqué mettait en difficulté une thématique majeure des hommes politiques de l’époque, l’assimilation. Beaucoup étaient en faveur d’une assimilation pleine et entière à la France mais cette idée ne pouvait croître dans la population que si le climat était apaisé entre toutes les composantes de la société.

Or, il apparait que les Noirs descendants d’esclaves n’allaient pas supporter l’assimilation si les Békés disposaient de faveurs et de privilèges comme lors de l’esclavage et ils avaient un poids électoral conséquent. En effet, ils constituaient la majorité de la population et leurs voix comptent depuis la mise en place du scrutin universel masculin en 1875.

Des différentes lois instaurées à l’abolition de 1848 seuls les mulâtres avaient su tirer leur épingle du jeu et avaient pu accéder aux postes prestigieux notamment dans l’administration. Aussi, ils étaient également largement favorables à l’assimilation. Selon ces derniers, pour rendre l’opinion encore plus favorable à l’assimilation, il fallait multiplier les écoles, la maîtrise parfaite du français et la représentation de la fonction publique. Cela va être grandement opéré sur place.

Dans les faits, l’assimilation française était déjà largement en place depuis 1848 à travers divers aspects. La religion catholique, première croyance en France était largement répandue dans l’ensemble de la population et le patriotisme n’était pas à remettre en question quand on savait que plus de 30 000 jeunes martiniquais avaient rallié la métropole lors de la guerre 14-18.

À vrai dire en amont de la Première Guerre Mondiale, les politiques avaient largement plaidé en faveur de l’impôt du sang c’est-à-dire la volonté de « donner son sang » (s’engager dans les forces militaires nationale) à la France pour prouver son attachement plein et entier au pays. Cette mesure était déjà en place dans les colonies françaises en Afrique et elle sera adoptée en Martinique en 1913.

Autre preuve de l’attachement de la Martinique à la France, lorsque des rumeurs font écho que la Martinique serait cédée aux États-Unis contre leur intervention en faveur de la France lors de la Première Guerre Mondiale, les réactions d’opposition à ce projet sont nombreuses. En Martinique, on est fier d’être Français et on y est profondément attaché. L’autre explication aussi était que les Noirs redoutaient de subir le même sort que les Noirs Américains sous le régime de ségrégation à l’époque. En 1919, le Ministre des Colonies dément cette rumeur ce qui rassure l’ensemble de la population.

Enfin, il faut savoir que l’assimilation totale n’était pas souhaitée par tous car elle posait un problème important en matière économique et financière. Les colonies d’Amérique disposaient d’un statut fiscal particulier et adopter la même taxation qu’en France allait augmenter les prix et créer de nouveaux impôts. Victor Sévère allait donc plaider pour une exemption au niveau fiscal.

Au niveau de la pensée également, une assimilation totale fait débat. De jeunes étudiants partis en métropole, Aimé Césaire notamment ont pu se rendre compte sur place qu’ils ont une identité et une culture propre différentes de celles des jeunes français métropolitains. L’assimilation serait selon eux, le renoncement de l’identité créole et africaine et conduirait à une aliénation culturelle.

La finalité de l’assimilation était que la Martinique puisse devenir un département français mais pour assister à l’aboutissement de cette démarche, il faudrait attendre l’ascension d’un jeune député, Aimé Césaire.

Voici le contexte martiniquais à l’aube d’une guerre qui allait changer la face du monde entier et aussi la Martinique.