• Bataillon de soldats prêts à s'engager pour la France brandissant le drapeau français

    La Seconde Guerre mondiale en Martinique et pour les Martiniquais

    33 minutes

Fin de guerre et conséquences

À la fin de la guerre l’engagement des Antillais sera clairement sous-estimé et pas reconnu à sa juste valeur. Au contraire, on se méfie des motivations qui avaient amenés les Antillais à rallier les Forces Françaises Libres.

En Juillet 1945, le ministre des Colonies Paul Giacobbi donne des instructions au Conseil National de la Résistance (C.N.R.) visant à se méfier des associations de résistants antillais et coloniaux en général : 

Il convient de souligner malheureusement les arrière-pensées politiques quelquefois antifrançaises bien qu’elles s’efforcent de se réclamer d’un organisme supérieur jouissant d’une autorité indiscutée. Les titres de leurs membres, difficilement comparables à ceux de héros du maquis, ne leur donnent qu’une ressemblance lointaine avec les associations constituées par d’authentiques ‘Résistants’ ayant fait leur preuve, soit pendant l’occupation étrangère, soit au cours des combats de la Libération.

, des propos rapportés par Eric Jennings dans son ouvrage Vichy sous les tropiques.

Le ministre des Colonies ajoute également qu’il fait la différence entre « la Dissidence de la Résistance en métropole » car « les Allemands ne sont présents ». Il s’agit pour lui « d’une opposition au régime de Vichy, or si combattre Vichy c’est être résistant, on ouvre la boîte de Pandore ». Les Antillais opposant au régime de Vichy tout au long de la Seconde Guerre Mondiale étaient appelés dissidents et jamais résistants. Le mot dissident était celui que l’Amiral Robert avait utilisé pour qualifier les réfractaires à son régime. Ce mot avait persisté tout au long de la guerre et jusqu’à maintenant il est rare de voir le mot « résistant » associé avec les Antillais ayant participé à la guerre.

Aussi les Antillais et tous les combattants des colonies ne sont pas autorisés à rejoindre le CNR. Ils ne seront pas considérés comme des résistants à part entière et il faudra attendre plus de 60 ans pour qu’ils aient enfin droit à un hommage national !

À leur retour en Martinique, les héros finissent rapidement dans l’anonymat. Aucun monument à leur mémoire n’est érigé dans l’île. Un le sera dans l’île de la Dominique.

Plus de 60 ans après la fin de la Grande Guerre, un monument voit le jour en Martinique sur la place de la Savane et est inauguré en présence de dissidents martiniquais.

Le 25 juin 2009 lors d’une visite dans l’île, Nicolas Sarkozy alors Président de la République Française rattrape plus de 60 ans d’oubli en accordant aux dissidents antillais la Légion d’Honneur. Neuf Martiniquais sont honorés lors de la visite de Nicolas Sarkozy en Martinique selon l’historienne spécialiste de l’histoire miliaire Sandrine Andrivon-Milton présente lors de l’évènement :

  • Robert Guitteaud, né en 1925 à Trinité
  • Paul Bedot, né le 8 février 1918 au Gros-Morne
  • Frantz Ega, né le 19 février au Marin
  • Louis de Lucy de Fossarieu, né le 24 novembre 1924 au François
  • Eugène Jean-Baptiste, né le 13 juillet 1923 à Grand’Rivière
  • Pierre Menialec, né le 29 juin 1920 au Lorrain
  • Fernand Boniface Pain, né le 14 mai 1925 à Fonds-Saint-Denis
  • René Velasques, né le 5 janvier 1923 à Sainte-Marie
  • Henri Joseph, né le 11 mai 1926 à Cayenne
Parcours de dissidents
Parcours de dissidents

À noter que la réalisatrice Euzhan Palcy a réalisé un long métrage sur les dissidents martiniquais, Parcours de Dissidents sorti en 2006. Durant ce documentaire vous pourrez retracer l’itinéraire de milliers d’hommes et de femmes qui ont choisi de partir défendre la France dans les années 40.

Hommage des dissidents antillais à l'Elysée
Hommage des dissidents antillais à l'Elysée

À l’occasion de l’anniversaire des 70 ans du débarquement de Provence, d’autres vétérans martiniquais de guerre 39-45 ont été décorés par François Hollande en 2014 à l'occasion d'une réception à l'Elysée dont Rémy Oligny précédemment évoqué.

Conclusion

Diverses conclusions sont à tirer de la Seconde Guerre Mondiale en Martinique. L’une d’entre elle est que la Martinique a été grandement touchée par les évènements qui se passaient à plus de 8 000 km et que beaucoup d’hommes et de femmes de l’île, plus de 5 000 martiniquais au total n’ont pas hésité à tout abandonner (famille, leur île natale, un climat favorable) pour défendre la France, ce pays auquel ils étaient pleinement et entièrement attachés. L’engagement des Martiniquais s’est fait spontanément bien avant même que le message patriotique soit largement relayé sans les médias.

Souvent la Guerre Mondiale est résumée à Hitler et au nazisme. Elle a rappelé au monde entier les dérives de doctrines haineuses et racistes. Si cette part sombre de l’humain doit être remémoré sans cesse pour ne pas rééditer les mêmes erreurs, il ne faut pas oublier non plus tous les héros qui sont morts et sont tombés car eux avaient un autre idéal pour l’être humain et leur cohabitation. Aussi en tant que Martiniquais, nous n’oublierons pas toutes ces histoires d’hommes et de femmes partis ou restés sur place pour combattre le mal souvent au péril de leur vie. 

Enfin, la situation alimentaire de la Martinique doit aussi interpeler. Comment une île tropicale qui a un climat propice à la culture maraichère et frugale a pu souffrir de la famine une fois que les importations de France métropolitaine puis le blocus américain ait été décidé ? A l’époque, la vision colonialiste faisait que la Martinique n’était vue que comme une terre à exploiter et rentabiliser. Ainsi le produit phare d’exportation, la canne à sucre, occupait l’essentiel des terres agricoles. C’est quand la pénurie alimentaire s’est fait ressentir qu’il y a eu un changement de cap et il était déjà trop tard. N’est-ce pas une leçon pour aujourd’hui voire le futur ?

Bibliographie

Histoire de la Martinique, De 1939 à 1971 - Tome 3, Armand Nicolas
Histoire des Antilles Françaises, Paul Butel
La dissidence aux Antilles (1940-1943), Éric T. Jennings