L’organisation de la dissidence
Le 18 juin 1940, depuis Londres, le Général de Gaulle appelle à la résistance contre l’envahisseur nazi. Le message ne trouvera pas tout de suite une réponse favorable en Martinique à la vue du contexte. C’est au fur et à mesure que la résistance va se construire pendant que la colère gronde et les privations s’accumulent sous Robert.
Si les élus coloniaux et ceux présents en métropole tels Henry Lémery étaient tous ralliés à Pétain, les conseillers généraux eux ont fait le choix de la France Libre dès Juin-Juillet 1940 tout en restant discret. Opter pour la France libre dans la Martinique de Robert c’était mettre sa vie en danger.
De 1940 à 1943, la Martinique va rester globalement fidèle au régime de Vichy. Les lois et programmes pétainistes sont appliqués de manière stricte par l’administration Robert. Ainsi, à l’appui de forts moyens militaires, la Martinique devient un véritable État policier. Tout était sous contrôle de l’administration coloniale. Les informations sur ce qui se passe au niveau national arrivent difficilement et avec beaucoup de retard en Martinique. Le courrier est scrupuleusement scruté à tel point qu’une résidente de Fort-de-France en 1941 écrivait à un de ses amis en métropole :
J’ai eu de la chance de recevoir ta lettre car il faut éviter de parler politique, évènements nationaux et internationaux. Vous paraissez beaucoup plus libres en France qu’ici.
Pourtant la dissidence existe en Martinique. Elle s’est manifestée sous diverses formes plus ou moins pacifique. « Dès le début de 1941, le Quartier Général des Forces Françaises à Londres fut informé qu’une effervescence se manifestait à la Martinique et en Guadeloupe » selon Armand Nicolas, écrivain de l’histoire de la Martinique. D’une part, il y a la résistance armée et de l’autre part ceux qui optent pour rejoindre les forces de la France libre via les îles anglophones voisines, Dominique et Sainte-Lucie.
Le départ vers les îles anglophones proches s’organise grâce à des marins-pêcheurs qui contre une certaine somme, aident les dissidents à fuir l’île en les transportant sur leurs gommiers. Trois grands axes de départ existent, un vers le sud dans la région Sainte-Anne-Diamant, un autre dans le centre à Fort-de-France et le dernier pour le nord à Grand’Rivière et au Prêcheur. De Gaulle avaient placé des représentants à la Dominique et Sainte-Lucie pour accueillir.

Les dissidents sont ensuite acheminés aux États-Unis puis ensuite ils sont envoyés en Angleterre ou le plus souvent en Afrique du nord.
Robert, informé par les ralliements par voie marine a organisé la répression. Des patrouilles sont envoyées en mer et sur les côtes pour arrêter les contrevenants. Les rondes sont nombreuses et les bateaux sont parfois coulés ou les occupants sont arrêtés. En Mars 1943, 250 arrestations ont lieu et 83 sont condamnés à mort par contumace. Malgré la menace qui pèse, le mouvement est marche et les ralliements s’accroissent.
L’autre opposition s’est manifestée au niveau politique. L’arrivée de Robert avait considérablement changé la donne dans l’île et les craintes d’un peuple fraîchement affranchi étaient grandioses.
En effet, la répression était forte et les pertes de liberté nombreuses (suppression du suffrage universel masculin, démission des maires et du conseil général remplacés par des personnalités de la caste Béké, retour du paternalisme). Refusant ces nouvelles règles, Victor Sévère démissionne de ses postes de Maire et de Député.