Le débarquement oublié des Antillais en Provence
Nous allons maintenant aborder un évènement souvent oublié de la Seconde Guerre Mondiale. Totalement éclipsé par le débarquement des forces anglaises et Américaines en Normandie, on en oublie souvent les Antillais et surtout les Africains qui ont débarqué en Provence dans le but de libérer la France, la « mère-patrie ». Pourtant ce débarquement pour les forces alliées sera tout autant important dans la reconquête de l’Europe.

Le débarquement en Provence dans le cadre de l’opération Dragoon avait comme objectif principal de chasser les Allemands de France notamment dans les villes de Toulon et Marseille puis de remonter le Rhône pour effectuer la jonction avec les armées des forces alliées en Normandie.
Les armées étaient majoritairement composées des volontaires de la France Libre, d’anciens soldats de l’armée d’armistice autrefois soumis au régime de Vichy, de volontaires des colonies du Maghreb, d’Afrique subsaharienne et de dissidents de la Guadeloupe et de la Martinique. Ces derniers étaient estimés à 2000 membres soit une infime partie des 260 000 combattants de la Première Armée Française dirigée par le général Jean de Lattre de Tassigny.
À partir du 15 août 1944, 2000 dissidents antillais qui avaient répondu favorablement au message de De Gaulle débarquent sur la plage de Calavaire dans le Var.
Partis dès Juin 1940, au péril de leur vie via les réseaux de résistance des îles voisines (Dominique, Sainte-Lucie) ils étaient d’abord envoyés pour être rassemblés aux États-Unis encore ségrégationnistes alors que les Békés dissidents étaient envoyés à Londres.

Ils sont ensuite transférés à Fort Dix dans le New Jersey où ils sont entraînés et équipés pour intégrer ensuite les Bataillon de Marche des Antilles du numéro 1 à 5 puis ce qui s’appellera le 21ème Groupe antillais de Défense contre avions (GADCA).
Ces combattants antillais seront envoyés à Casablanca en Octobre 1943 puis deux mois plus tard en Tunisie pour intégrer la 1ère division française libre. En juin 1944, ils prennent le nom de 21ème groupe antillais des Forces Terrestres Antiaériennes. Ils participeront pourtant à la lutte antichar et aux combats d’infanterie.
Les premiers combats, ils les mènent en Italie au printemps 1944 où les Alliés vont perdre plus d’une centaine de milliers de soldats. Parmi ces nombreuses victimes figurent de nombreux Antillais. Ils sont ensuite regroupés pour participer au débarquement de Provence dans la nuit du 16 août 1944. Après le débarquement des troupes, la libération de la Provence sera rapide. Les deux seules villes où les Allemands vont proposer des combats acharnés sont Toulon qui tombe finalement le 23 août et Marseille le 29 août.
Une fois la Provence libérée, les soldats martiniquais continuent la marche vers la vallée du Rhône avant d’être dispersés un peu partout (Territoire de Belfort, Alsace, Franche-Comté) pour mener les combats sur d’autres fronts.
Les combats duraient des jours complets sans arrêt. Les combats en Alsace ont été particulièrement longs. Pour certains, ils ont dû combattre tous les jours pendant près d’une année. Dans les rangs des combattants antillais il y avait notamment Frantz Fanon et Marcel Manville.
À l’armistice, tous les rescapés sont renvoyés en Martinique. Durant cette épreuve difficile, ils avaient aussi dû faire face au racisme voyant 6 000 compagnons d’arme africains être remplacés par les Forces France de l’Intérieur.
Pire, à leur retour en Martinique c’est l’anonymat complet, parfois même l’incompréhension de la population locale qui les attendaient. De nombreuses personnalités antillaises avaient fait état de traitements racistes lors de leur séjour en métropole. Aussi sur place beaucoup ne comprennent pas le sacrifice des combattants martiniquais pour des « gens qui ne les aimaient pas ».

Lors de la constitution du Conseil de la Résistance, les Antillais comme tous les coloniaux ne sont pas conviés en raison de la méfiance qu’ils inspiraient aux dirigeants de l’époque. Il faut dire que la période est celle où nourrissent les premières idées de décolonisation française voire d’indépendance. Il faudra attendre des décennies avant de les voir être honorés sur le plan local puis national.