Grandeur et gloire de Saint-Pierre du 19ème siècle à la veille de l'éruption
Présentation de la ville à la veille de l'éruption
À la veille de la catastrophe, Saint-Pierre était peuplée de 28 000 habitants (3 000 à 3 500 blancs, 9 000 à 10 000 personnes de couleur et 15 000 noirs). C'était la plus grande ville de l'île en superficie. Elle se trouvait à 10 km du cratère de la Pelée, de Fort-de-France dont elle était reliée en bateau deux fois par jour. La traversée d'une longueur de 25 km permettait aux deux capitales de l'île, Saint-Pierre, capitale économique et sociale, et Fort-de-France, capitale administrative, de s'effectuer en une heure.

La ville, bâtie en amphithéâtre, était un symbole de réussite de la colonisation française. Elle était devenue une fierté, son opulence et sa grandeur étaient remontées jusqu'à Paris. Elle faisait la splendeur de la côte Caraïbe de l'île. Ses rues et ruelles, 103 au total, constituaient un réseau de 20 km de routes.
La rivière, la Roxelane, la séparait en deux parties presque égales : le Mouillage et le Fort. Saint-Pierre était avant l'éruption qualifiée par beaucoup de la plus belle ville de la Caraïbe ! Elle était une des villes les plus propres et les plus agréables du monde entier. Sa renommée et sa splendeur faisaient même des envieux en Europe jaloux de cette nouvelle bourgeoisie coloniale.
Elle était également surnommée Petit Paris ou Paris des Antilles. De nombreuses fontaines publiques ou celles des particuliers participaient à l'embellissement de la ville. Elles étaient approvisionnées en eau par les sources Morestin situées à 7 km de la Montagne Pelée, ou Roxelane. Elle concentrait toute l'activité économique de l'île. Des usines avaient élu domicile à Saint-Pierre ainsi qu'une quinzaine de rhumeries aussi. La Banque de Martinique s'y trouvait. Il y avait aussi une tonnellerie mécanique, une fonderie, de vastes magasins et des entrepôts, deux câbles transatlantiques.

Saint-Pierre était également le siège de l'évêché avec pas moins de trois paroisses majeures : la cathédrale Notre-Dame de Bon-Port, le Fort-Saint-Pierre (en photo) et Saint-Étienne du Centre. Trois autres paroisses moins considérables, la Consolation, Sainte-Philomène et les Trois-Ponts étaient également présentes dans la ville qui avait également une dizaine de chapelles.
La cité possédait une cour d'assises, un tribunal de première instance pour les affaires commerciales, deux justices de la paix, la Banque de Martinique et deux autres institutions bancaires : le Crédit foncier colonial, le Trésor.
Côté scolaire, elle abritait plusieurs établissements publics : le séminaire-collège, le lycée, le Pensionnat de Notre-Dame de la Consolation, celui des Demoiselles Dupouy et Rameau et le pensionnat colonial.
Le séminaire-collège participait à la grandeur de la ville. Créé par les évêques de la Martinique, il disposait de ressources exceptionnelles (Diocèse et des ressources personnelles). Il était devenu une pépinière de savants, d'hommes distingués dans toutes les branches de la vie intellectuelle et sociale aux Antilles faisant de la ville une citadelle de science et de piété.
Le lycée était installé dans l'ancien domaine des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny. Le pensionnat colonial était situé au cœur de la ville. Les religieuses de Saint-Joseph s'étaient installées à la Consolation. Elles continuaient de former les jeunes filles des familles les plus aisées de la Martinique.
La maison qui les accueillait était très florissante, n'avait rien à envier aux plus grandes écoles de France. Trois hôpitaux s'y trouvaient, l'hospice civil qui comptait 200 lits, la maison coloniale de la santé qui pouvait recueillir 150 aliénés et l'hôpital militaire fondé en 1685 par les Frères de Saint-Jean de Dieu pourvu d'une centaine de lits.
L'asile de Bethléem « Hôtel des Invalides de la colonie » conçu pour la retraite des vieillards et des infirmes était une œuvre de charité exceptionnelle. Un jardin des plantes égayait la ville.
Construit en 1803 par Castelnau d'Auros, il était qualifié d'« une des merveilles du monde » et était une vitrine aussi bien de la flore tropicale que de plantes exotiques. Une cascade jaillissait au milieu de cet ensemble qui laissait des souvenirs mémorables à chaque visiteur qui s'y rendait.

La ville possédait plusieurs places publiques dont la place Bertin connue dans le monde entier avec sa fontaine, la fontaine Agnès à jet continu. Deux savanes dont celle située au Fort étaient comparées au Jardin du Luxembourg ou aux Tuileries où les enfants courraient dans tous les sens sous le regard de leurs nounous appelées das.

Dernier édifice mémorable, le théâtre, très ancien, démontrait l’élégance de la ville et n'avait rien à envier aux théâtres des plus grandes villes du monde. L'édifice avait été rénové en 1831. On aurait pu citer le palais épiscopal (ancien couvent des dominicains), le château de Perrinelle (ancien couvent des Jésuites), la caserne de la gendarmerie (ancien couvent des Jésuites), la caserne de gendarmerie (ancien Monastère des Ursulines), l'hôtel de la chambre de commerce, l'entrepôt des douanes, le presbytère du Fort, la maison Lasserre.