L'éruption, le jour où Saint-Pierre mourut
Le Jeudi 8 mai 1902, c'est le jour de l'Ascension. Une explosion se produit dans le cratère de l'Étang Sec dont le flanc était échancré depuis la coulée du 5 mai. Un souffle puissant suivi trois minutes plus tard de la nuée ardente bloquée vers le nord et l'est par la falaise de la caldeira et le dôme emprunte la brèche de l'Étang Sec vers la rivière Blanche et déferle à une vitesse supérieure à 500 km/h sur la ville.

À 7h52, en moins d'une minute, la Rivière Blanche est détruite en grande partie, les navires ancrés dans la rade sont en feu. L'explosion du bouchon provoqua un embrasement du cratère et une onde de choc, un « boum » atmosphérique supersonique (~ 450 m/s, 30 hPa de surpression instantanée).

Ce bruit incomparable à tout bruit qu'on peut entendre quotidiennement était tellement puissant qu'il était insupportable à l'écoute humaine et au point de faire exploser les tympans des habitants sur plusieurs kilomètres.

Une épaisse nuée de gaz, d'eau et d'éléments solides en suspension s'échappa d'une bouche au pied du dôme, produisant un immense nuage noir en forme de champignon à plus de 4 km au-dessus du volcan.
Par la suite, il s'effondra sur lui-même et sa nuée descendante axée sur la Rivière Blanche couvrit de boue, de blocs et de cendres une zone triangulaire entre Étang Sec/Prêcheur/Saint-Pierre de plus de 40 km et s'arrêta au milieu de la rade à plus de 1 500 m du rivage.
Des incendies et des lahars aggravèrent les destructions et le nombre de victimes. Selon l'endroit où elles se trouvaient dans la zone ravagée, les victimes étaient décédées soit par l'onde de choc atmosphérique, soit par l'inhalation de gaz brûlants, soit par de profondes brûlures, soit par des chutes de blocs volcaniques ou encore des écroulements de bâtiments. Saint-Pierre ne fut pas la seule ville touchée par l'éruption.
De nombreuses victimes étaient recensées dans tout le nord de l'île de la zone Caraïbe à la côte Atlantique même si le nombre fut bien évidemment plus important sur la Côte Caraïbe en contrebas de la Pelée. Seuls deux hommes et une jeune fille survécurent à l’éruption du 8 Mai grâce à la solidité et l'éloignement des bâtiments où ils se trouvaient. Ils furent cependant gravement brulés.

Le premier Louis-Auguste Cyparis, un ouvrier de 27 ans, était enfermé dans le cachot de la prison pour avoir participé à une rixe meurtrière dans un bar. Le cachot aux murs très épais n'avait qu'une étroite ouverture sur sa façade opposée au volcan. Il en fut extrait trois jours après l'éruption. Son corps était fortement brûlé. Il intégra le « plus grand spectacle du monde du cirque » Barnum et Bailey's où il était présenté comme l'« homme qui a vécu le jour du jugement dernier ». Il aurait été le premier noir célèbre dans le monde du spectacle aux États-Unis.
Léon Compère dit Léandre était un jeune cordonnier qui vivait dans un bâtiment aux murs épais situé en bordure de la zone dévastée.
Beaucoup moins connue, la jeune Havivra Da Ifrile échappée in extremis sur la barque de son frère qui fut recueillie en mer par un navire baptisé le Suchet.
Les premiers secours arrivent de Fort-de-France via le navire de guerre. Suchet se présenta à l'entrée de la rade à 12h30 mais la chaleur l'empêcha d'y entrer avant 15h00. Il parvint malgré tout à secourir des marins et des passagers de divers navires en feu. Une fois arrivée par terre, la majorité succombe à ses blessures. Seule une vingtaine survécut.