La vie quotidienne des Pierrotins

Les pierrotins avaient une qualité de vie proche de celle des grandes villes européennes. Ils vivaient dans une ville équipée d'électricité, d'un service de téléphone local, d'un accès aux télégraphes qu'ils envoyaient en Europe, de bureaux et d'offices de presse dont le quotidien, Les Colonies. Ils vivaient dans des maisons bâties en très solide maçonnerie avec pour certaines de superbes façades en pierre de taille.

Si l'aspect extérieur des habitations pouvait passer pour simple, l'intérieur rivalisait de beauté, confortable voire même de grand luxe. Saint-Pierre possédait entre autres un service de transports de bus avec des femmes comme conductrices. De nombreux bateaux de taille différente baignaient dans sa baie.

Rue Victor Hugo à Saint-Pierre
Rue Victor Hugo à Saint-Pierre avant l'éruption

La rue Victor Hugo alignait les très voyants magasins qui revendaient des articles venus directement de Paris. Les femmes des riches familles de la bourgeoisie pierrotine y allaient pour s'acquérir des vêtements dignes de la mode parisienne. Les Américains également avaient des intérêts financiers à Saint-Pierre dans près de la moitié des opérations commerciales à Saint-Pierre.

Les hommes qu'on voyait dans la ville étaient soigneusement

habillés de pantalons blancs de toile et d'immenses chapeaux en herbe de bambou. Certains étaient noirs, d'autres avaient d'étranges et belles couleurs : il y a des peaux d'or, de bronze marron ou de bronze rouge. Les femmes portaient des robes de teintes vives, femmes de la couleur de fruit, orange ou couleur banane, les femmes portaient des turbans avec un tel jaune que les barres du ventre d'une guêpe.

écrivait Lafacadio Hearn, écrivain japonais ayant vécu en Martinique pendant 2 ans.

Amédée Knight, sénateur de Martinique
Amédée Knight, sénateur de Martinique

Parmi les hommes proéminents vivant dans la ville de Saint-Pierre, on peut citer Amédée Knight (en photo), sénateur du Parlement français, Fernand Clerc, un puissant planteur, Maire de Trinité et par la suite Député et Sénateur de la Martinique, Andréus Hurard, chef d'édition du quotidien Les Colonies. Autre présence significative dans la ville, le consul américain Thomas Prentiss et sa femme qui vivaient dans la capitale de la Martinique. Concernant la Pelée, les habitants de Saint-Pierre se l'étaient pleinement appropriée.

Le volcan pour les habitants de la ville

Le volcan avait été calme depuis deux générations. Les familles pique-niquaient sur ses pentes, les enfants y jouaient et il était même un refuge lors de puissants ouragans. Les premiers colons l’appelaient « Montagne chauve » en raison de son sommet cerné par une bande de roches stériles. Peu après, elle est devenue Pelé avant qu'un cartographe n'ajoute un nouveau "e" au 17ème siècle et qu'elle devienne Montagne Pelée.

À une altitude de près de 450 m de hauteur par rapport au niveau de la mer, des marchands de Saint-Pierre avaient construit des « villas d'été » et « retraite », des lieux où ils se retranchaient avec leur famille pour échapper à la chaleur estivale. En dessous d'une altitude de 750 m, les pentes de la Pelée étaient une image pittoresque de forêts, des champs de canne et de bananes et un groupe de maisons peintes dans des couleurs vives.

Plus haut, dans des températures plus froides, une abondante végétation s'y trouvait et empêchait toute exploitation. Les nombreuses ravines étaient une source d'eau fraîche pour les habitants de la ville de Saint-Pierre et les communes d'alentour. L'eau qui en sortait, servait aussi bien à nettoyer les rues de la ville qui étaient d'une rare propreté qu'aux industries de sucre et de rhum ou encore pour approvisionner les bateaux en transit au port de Saint-Pierre.

La Montagne Pelée était un symbole de joie et de plaisir. Des groupes d'habitants y avaient leurs habitudes et organisaient des randonnées à travers l'extravagance florale de bégonias et balisiers. Des entreprises locales proposaient des excursions dans la montagne, le plus souvent pour célébrer le Lundi de Pentecôte. Ainsi vivait pleinement la population pierrotine à la veille du 20ème siècle et de mai 1902, mois de l'éruption de la Montagne Pelée.