De la phase phréatique à l'explosion du 8 Mai 1902

Coupe d'un volcan
Coupe d'un volcan

La phase phréatique définie à la page précédente est ce que l'on pourrait définir dans le cas de la Montagne Pelée de période intense d'activité volcanique. Les tremblements de terre, grondements souterrains et nuages de fumée blanchâtre se font plus fréquents.

Ainsi, le 23 Avril à 20h45, les habitants du Prêcheur entendent une explosion souterraine qui a également été entendue par l'agent de câble sous-marin au large des côtes. C'était soit une explosion soit un petit tremblement de terre. Dans tous les cas, c'est là qu'a débuté la deuxième phase de l'éruption : activité hydrovolcanique où le magma a rencontré de l'eau filtrant à travers des fissures. L'orifice était ouvert. Des colonnes de poussières, cendres et de vapeur fonçaient vers le ciel.

Les deux jours suivants, une épaisse couverture nuageuse cachait la plupart du temps les événements au sommet.

Le 24 Avril, les nuages durant un moment laissent apercevoir le sommet, plusieurs personnes se trouvant au nord de la ville remarquent des masses de vapeur blanchâtre.

Le journal « Les Antilles » rapporte le 26 Avril que « cette abondante vapeur blanche semblait venir d'un long cratère qui était probablement situé dans la vallée de la Rivière Blanche ». Les explosions continuent à intervalles tout au long de la nuit bien qu'aucun fragment n'arrive à atteindre les installations sur la côte. Le ciel clair du 25 avril révèle la crête à nouveau et la vapeur blanche qui s'y échappe.

À 7h00, une forte explosion à l'Étang Sec se fait entendre. Elle est accompagnée d'énormes éclaboussures et bruits et de crépitements explosifs qui étaient accompagnés de grondements souterrains, plusieurs tremblements de terre superficiels et de l'expulsion de considérables projections de cendres, de vapeur et de giclées d'eau en ébullition mélangées avec des roches et des troncs d'arbres.

À 8h00, ce vendredi 25 avril, la plus forte explosion jusqu'ici retentit et oblige les habitants de Saint-Pierre à se tenir plus informés. Au Prêcheur, le bruit avait été perçu comme un tir de canon. Une fumée de poussière se répand dans la ville, l'air était tellement chaud et rempli de poussières que deux personnes dans une même zone ne pouvaient même pas se reconnaître. Le travail est même interrompu sur certaines plantations.

Le Samedi 26 Avril, les cendres couvrent la ville de Saint-Pierre et les communes environnantes. L'inquiétude est présente mais la population ne réagit pas. Le lendemain, l'Étang sec se remplit d'eau bouillonnante jaillissant du cône. Une forte odeur de soufre se fait ressentir dans les rues de la capitale et à 10 km aux alentours. Malgré cela, les bureaux de vote ouvrent leurs portes pour le premier tour des élections législatives. Marius Hurard, chef d'édition du journal « Les Colonies », ne voit pas de raison de l'affolement dans la capitale, il tente de contenir la panique populaire et déclare : « Saint-Pierre au pied de la Pelée n'est pas plus en danger que Naples au pied du Vésuve ».

Le Mercredi 30 Avril, les villages du Prêcheur et de Sainte-Philomène sont couverts de cendres. Au Prêcheur, l'odeur d’œufs pourris devenait de plus en plus répugnante. L'inquiétude commence à monter en même temps que les contes de vieilles femmes sur l'éruption de 1851.

Duno-Emile écrit : « Les gens étaient apeurés. Ils prenaient leurs enfants, leurs biens les plus précieux en passant du coq à l'âne comme s'ils avaient été aveuglés. Après ils retournaient à la maison, criant et priant en même temps, suppliant leurs voisins de les aider, eux-mêmes si émus par la terreur restaient sourds à tous les appels de leurs concitoyens ».

Le Vendredi 2 Mai à 11h30, c'est la phase disont-le terminale du volcan appelée phase magmatique, des séismes, de violentes détonations se font entendre, le soleil est masqué et de nombreux éclairs se succèdent dans le ciel. Une couche de cendres épaisse de plusieurs centimètres se répand sur toute la partie nord de l'île.

Le lendemain, les alizés renvoient un nuage de cendres vers le nord dégageant temporairement le ciel de Saint-Pierre. De nombreux séismes entraînent la rupture du câble télégraphique vers la Dominique.

Cathédrale de Saint-Pierre une semaine avant l'éruption
Cathédrale de Saint-Pierre une semaine avant l'éruption

Le Dimanche 4 Mai, c'est le retour et l'intensification des chutes de cendres. Les ravines sont en crue, les routes sont coupées vers le nord. L'inquiétude est à son maximum dans la population.

De nombreux habitants tentent de fuir pour se réfugier dans des villes plus au sud. La ville subit une vague de départs. Des voix s'élèvent pour réclamer une évacuation de la ville mais la proximité des élections législatives partielles qui avaient lieu le Dimanche 11 Mai, difficiles à reporter, n'encouragent pas les élites à procéder à l'évacuation ni même à appeler la population à quitter la ville sous la menace.

Des notables tels que le Maire de Saint-Pierre Roger Fouché, le Gouverneur Mouttet, le directeur du principal journal Les Colonies Marius Hurard ou le gros usinier Eugène Guérin minimisent le danger.

Coulée de lave le 5 mai
Coulée de lave le 5 Mai 1902

Le Lundi 5 Mai au matin, c'est le calme apparent du volcan. Des myriades de fourmis (fourmis-fous), de scolopendres (mille-pattes) venimeux et de serpents trigonocéphales envahissent les rues de la ville et font une cinquantaine de victimes. Le débordement de l'Étang Sec produit un lahar (coulée boueuse d’origine volcanique) dans la Rivière Blanche.

L'usine Guérin est ensevelie sous une boue brûlante de plus de 6 mètres et fait 25 victimes. Le réseau électrique surchargé par les cendres humides rompt.

Le Mardi 6 Mai, la population continue de fuir la ville. De nombreuses annonces demandent à la population de déserter la ville sous la menace d'une éruption. Des explosions ont lieu dans la montagne faisant des cendres incandescentes s'échapper.

Des pluies torrentielles à base de condensation de vapeur d'eau et des coulées boueuses dans toutes les ravines se produisent. La rade de Saint-Pierre est couverte d'un épais tapis de cendres, ponces et débris végétaux.

Le Mercredi 7 Mai, veille de l'explosion du 8 Mai 1902 c'est le grand calme. Obstruer le cratère bloquait l'expulsion de gaz et des projectiles préparant l'explosion finale du bouchon du cratère sous l’énorme pression de dégazage du magma.