Prémices de l'éruption

D'un côté, on peut dire que le magma de la Pelée avait causé quelques tremblements de terre, mais de l'autre le rythme du volcan était allé crescendo à une vitesse inhabituelle. Personne à l'époque ne semblait s'alarmer outre mesure. Certains sages de l'époque déclaraient : « C'est un vieil homme qui ronfle. Rien de dérangeant. Juste son dernier jet. ».

En Mars 1902, les odeurs deviennent encore plus nauséabonds sur une surface qui allait jusqu'au Prêcheur et Sainte-Philomène à 5 km au nord de Saint-Pierre. Les gens vivant sur les hauteurs de la Pelée qui avaient toujours bu les eaux de la Rivière Blanche se plaignent du fait qu'ils développent des coliques.

Le Dimanche 23 Mars 1902, Louis des Grottes, propriétaire de la Plantation Leyritz, grimpe jusqu'au sommet de la montagne et voit plusieurs cratères dans l'Étang Sec (pointe du sommet) qui étaient en fumée. Il écrit : « Aujourd'hui, le 23 mars, le cratère de l'Étang Sec est en éruption » sans vraiment réaliser le drame qui était derrière cette déclaration.

Au cours du mois d'Avril 1902, il est difficile de dire ce qui se passait exactement au sommet de la Montagne Pelée en raison des trop nombreux nuages qui cachaient sa vue. Les fumées étaient plus fortes, plus fréquentes, plus abondantes et elles gênaient considérablement le quotidien des villages de la côte à l'ouest de la Montagne.

Le 10 Avril, l'Abbé Duffau, prêtre à Sainte-Philomène, se plaint à quelques amis : « Je ne sais pas ce qu'il va advenir de nous. Ça empeste le soufre depuis un moment maintenant. La vie est insupportable. » Vers le milieu du mois, le sol grondait comme le tonnerre, et des fumées blanchâtres s'échappaient près de la Soufrière.

Une personne était intriguée par ce qui se passait à Saint-Pierre, Gaston Landes, un professeur de sciences naturelles au Lycée et un des intellectuels de la ville. Il avait écrit une brochure sur la Martinique pour la Grande Exposition de Paris en 1900. Il n'était pas un expert sur les éruptions volcaniques mais il essayait consciencieusement d'interpréter le cours des évènements avec ses connaissances générales scientifiques à propos des volcans.

Le Dimanche 20 Avril, il monte jusqu'au sommet, pour voir lui-même ce qui se passe. Il aperçoit deux nouveaux orifices qui se sont développés au niveau du cratère. Il n'avait pas suffisamment de connaissances scientifiques pour réaliser les implications.

Le 22 Avril à 14h03, un petit tremblement de terre cause un éboulement au niveau de la mer au nord-ouest de la Montagne Pelée avec comme principale conséquence la rupture du câble de télégraphe entre la Martinique et la Guadeloupe.

Le 23 Avril à partir de 8h00, trois tremblements de terre supplémentaires secouent les flancs de la montagne. Clara Prentiss, femme du Consul américain à Saint-Pierre écrit à sa sœur vivant aux États-Unis : « Nous avons entendu trois secousses distinctes. La première était forte, la seconde et la troisième étaient si fortes que la vaisselle est tombée des étagères et la maison était complètement sans dessus-dessous. »

Il y avait des signes que le magma était en train de pousser jusqu'à la surface, mais en 1902 le réveil de volcans dormants depuis une longue période n'avait pas été étudié et les alertes concernant la Montagne Pelée semblaient être plus qu'une simple peur de paranoïaques. En effet, c'était le début de la phase phréatique qui se caractérise par des tremblements de terre, des grondements souterrains et des pluies de cendres.

Aujourd'hui, si de tels signes précurseurs se faisaient dans la Pelée, n'importe quel chercheur du monde chercherait à se rendre le plus rapidement possible en Martinique pour étudier le volcan.