La Martinique durant la Première Guerre Mondiale
Les soldats martiniquais arrivent en métropole
Suite à l'appel à la mobilisation, les premiers soldats arrivent en Avril 1915 alors que la guerre avait déjà commencé depuis une année. Ils y retrouveront d'autres Martiniquais qui se trouvaient déjà sur le sol métropolitain pour y effectuer leur service militaire en 1913.
À noter que des Békés également ont fait partie des jeunes hommes mobilisés et que ces derniers sont également partis dans les tranchées. Cependant ils ont été plus souvent exempts en raison de leur qualité de chef d'entreprise qui faisait qu'il était nécessaire qu'ils soient présents en Martinique.
Dans un premier temps, les forces mobilisées en Martinique étaient plus vues comme une réserve qui viendrait si besoin, d'où le fait que les Martiniquais ne soient arrivés qu'un an après le début de la guerre, car personne en métropole n'imaginait que la guerre durerait aussi longtemps.
Une fois arrivés en France, les soldats martiniquais étaient affectés dans le sud de l'hexagone ou le nord de l'Afrique pour poursuivre leur formation. Ensuite, ils étaient placés dans des régions plus chaudes pour combattre dans des conditions climatiques plus proches du climat tropical. Tout a été fait pour qu'ils partent au printemps ou en été et pas en hiver car ceux déjà sur place ne supportaient pas le froid.
Ils étaient intégrés dans des unités avec d'autres soldats français de métropole. Il n'existait pas de bataillon ultramarin. Cela s'explique par le fait qu'ils étaient des citoyens français et qu'aucune distinction n'était faite entre les Français de métropole et ceux des colonies.
Dès lors qu'ils étaient affectés, les difficultés commençaient pour les soldats. De leurs supérieurs, ils ressentaient qu'ils n'étaient pas désirés, cela était dû à leur condition physique insuffisante causée par la pénurie de produits alimentaires que la Martinique connaissait avant leur départ, mais surtout en raison de leur manque de formation. Ils étaient aussi souvent de piètres soldats n'ayant pas bénéficié d'une formation suffisamment longue comparés aux soldats de métropole qui avaient été formés depuis près de 3 ans. Certains auraient subi des sévices et des brimades de leur hiérarchie.
De la population qui « découvrait » les Noirs, ils suscitaient l'étonnement.
Les conditions de vie dans les tranchées
Les conditions de vie dans les tranchées sont déplorables. Les soldats alternent entre longues périodes d'ennui et de brefs moments de terreur. Constamment, ils doivent rester sur leurs gardes car la mort guette et l'ennemi ne prévient pas du moment où il attaquera.
Les rats et les poux sont le quotidien des soldats. Les rats étaient attirés par la nourriture qui s'y trouvait et leur présence contribua à répandre des maladies. Les poux gâchaient les moments où les soldats pouvaient enfin trouver le sommeil. Ces derniers auraient été identifiés comme étant la cause de la fièvre que l'on retrouvait dans les tranchées.
L'état d'insalubrité et les conditions climatiques faisaient que les maladies étaient fréquentes. Les engelures liées au froid pouvaient causer des gangrènes et la seule solution s'avérait être l'amputation.
Les journées des soldats commençaient dès l'aurore quand ils étaient réveillés au cri de « branle-bas de combat » pour assurer la garde des tranchées. Les attaques avaient généralement lieu le matin. S'il n'y avait pas d'attaque, il pouvait alors se rassembler pour des inspections et obtenir leur déjeuner et leur ration quotidienne de rhum.
Par la suite, ils devaient s'atteler à des corvées telles que le nettoyage, le remplissage des sacs de sable présents dans les tranchées. Ils passaient l'essentiel de leur journée dans les tranchées pour éviter d'être pris pour cible par un ennemi qui rôde dans le coin. Seule la nuit quand tout était paisible ils sortaient enfin des tranchées pour réparer des barbelés et... construire de nouvelles tranchées.
Ils bénéficiaient de temps libre de jour comme de nuit pour s'adonner à leurs loisirs. Il fallait juste que les tâches qui leur avaient été assignées soient faites. Leurs loisirs étaient principalement la lecture, les jeux de hasard ou encore la rédaction de leur journal intime ou de courrier.
En effet, les courriers étaient le seul moyen pour eux de rester en contact avec leurs familles restées en Martinique et ils leur écrivaient fréquemment pour les maintenir informés de leur vie nouvelle à des milliers de kilomètres. Cependant les courriers ne parvenaient toujours pas aux destinataires. Si certaines lettres étaient lues en public ou publiées dans la presse, l'état de censure était maximal et les courriers trop déprimants étaient écartés.
Les pénuries alimentaires
Durant la Seconde Guerre Mondiale, la vie était très difficile. L'île qui avait consacré l'essentiel de ses surfaces agraires à la culture de produit d'exportation, principalement la canne à sucre, manquait de produits vivriers. De plus, les bateaux de nourriture venant de la métropole étaient devenus rares. Les portions alimentaires sont donc limitées et de nombreux Martiniquais souffrent de sous-nutrition.
La morue qui constituait un élément de base de l'alimentation connaît des difficultés d'acheminement en raison du faible nombre de rotations maritimes. La France, qui était le principal fournisseur de la Martinique, ne peut pas se permettre de partager ses ressources alimentaires vu les conditions extrêmes sur son territoire.
Les augmentations de prix sont inévitables. Les produits de consommation courante comme le pain ou le sucre voient leur prix doubler. D'après le Bulletin d'Histoire :
Le sucre de huit sous est monté à seize... la morue n'a pas baissé, la viande est hors de prix pour les pauvres et voilà que le poisson se fait cher, faute de pêcheurs lesquels ont été mobilisés en assez grand nombre.
Dans toute l'île de la Martinique existait une situation de pénurie, en particulier à Fort-de-France et dans certains bourgs ruraux mal reliés au chef-lieu.
Cependant la pénurie était maîtrisée car il existait des réserves de nourriture. Dès le début de la guerre en Europe, le Gouverneur prend des mesures afin de rationner les denrées en les accaparant et en fixant des prix maximum pour empêcher toute augmentation des prix.
Le Ministre des Colonies avait pris des mesures pour que l'approvisionnement se poursuive malgré la guerre, car en cas de rupture la spéculation aurait pu provoquer une forte augmentation des prix. Mais c'est aussi dans un souci de paix sociale. Il pensait qu'en cas de manque de nourriture, les tensions sociales apparaissent alors qu'il était nécessaire que la population reste mobilisée.
L'approvisionnement fonctionne bien et tout est mis en œuvre pour que la population puisse recevoir des aliments à des frais raisonnables. Aussi en 1916, le Gouverneur n'hésita pas à intervenir pour empêcher toute spéculation sur les prix de la morue, des poissons salés ou encore des bœufs.
En juin 1917, il reconnaissait la pénurie liée au « ralentissement du transport et au prix élevé du fret » qui était grandement due au fait que les États-Unis, qui étaient l'un des plus grands fournisseurs de la Martinique durant la guerre, entraient également en guerre.
La farine, très demandée, est alors réquisitionnée dans les magasins et d'autres produits ont été rationnés.
Par la suite, il parut évident qu'il était nécessaire de multiplier les cultures maraîchères, mais les autorités pourraient-elles compter sur les riches propriétaires terriens qui connaissaient leurs heures de gloire grâce aux ventes de rhum et de sucre ? Ils en doutaient. C'est ainsi qu'ils ont dû se rabattre sur les terrains domaniaux et les jardins d'essai pour tenter la culture de pois, haricots blancs et roses, les pommes de terre. Les autres solutions ont été de verser des primes aux petits agriculteurs pour cultiver des fruits et des légumes et enfin de subventionner le Crédit Agricole qui s'engageait à accorder des prêts à long terme afin de favoriser la production de cultures vivrières.
Tous ces efforts ne seront hélas pas concluants en raison du manque de main-d'œuvre, les hommes étant en grande partie engagés dans la guerre en métropole, les vols de nourriture, la faible rentabilité de ces cultures secondaires et le peu de terres qui ont finalement été consacrées à ce projet.
La vie locale durant la guerre
Les femmes « restées au pays » se mobilisent et jouent le rôle de soutien à leurs maris, fiancés, frères, cousins qui combattent les ennemis en Europe. Elles organisent des manifestations pour faire des collectes d'argent qu'elles leur feraient parvenir, elles les réconfortent en leur envoyant des courriers et autres douceurs locales. Face au manque de main-d'œuvre disponible car beaucoup d'hommes étaient engagés dans la guerre, elles seront sollicitées pour rejoindre les hommes restés dans l'île pour les travaux des champs.
Malgré les bénéfices colossaux des planteurs, les salaires des ouvriers agricoles n'augmentent pas, le coût de la vie, lui, avait augmenté, mais malgré cela au nom de l'union sacrée ils ne se mettent pas en grève. Certaines professions n'auront pas la même patience et c'est ainsi que les dockers et gabariers vont se mettre en grève en 1917 obligeant le Gouverneur à recourir à l'armée pour décharger les bateaux de marchandise. Cependant les grèves seront somme toute rares considérant les conditions des travailleurs actuels.
Sur place, c'est l'union sacrée qui est prônée et l'île ne connaîtra aucun conflit social ou politique majeur.
Le carnaval et les fêtes patronales sont interdits. À la place il y a des fêtes patriotiques, le but étant que la population locale se rallie sans défaillance à l'amour de la nation et intègre pleinement la cause de la France en guerre.