Bilan de la guerre et conséquences en Martinique
Alors que la guerre bat encore son plein en Europe, les premiers soldats reviennent en Martinique traumatisés par les horreurs de la guerre dès 1917. Pour eux, il est hors de question de retourner en Europe si on venait à faire appel à eux à nouveau.
Au total, Sabine Andrivon-Milton, historienne martiniquaise qui a fait des recherches sur les anciens combattants de la Grande Guerre, a pu identifier 2 000 morts sur les 9 000 partis faire la guerre. Les recherches continuent pour retrouver tous les participants martiniquais à cette guerre et leur sort à l'issue de celle-ci. Le nombre de blessés reste encore une grande inconnue car ils n'ont été ni identifiés ni comptés au sortir de la guerre.
À la signature de l'armistice en 1918, les soldats martiniquais sont considérés comme des héros nationaux. Des manifestations patriotiques ont lieu et ils sont mis à l'honneur, présentés à la foule comme des héros. En tant que vétérans, ils auront droit à des avantages tels que leur céder le trottoir, des priorités pour les sièges dans les transports.
Cependant ils n'obtiennent aucune compensation financière sauf s'ils avaient été blessés. Les blessés obtiennent des (faibles) pensions et la gratuité des soins, mais ils ne l'obtiennent qu'après un passage devant une commission et cela prenait du temps. Bien souvent c'était leurs familles qui devaient les prendre en charge et les aider au quotidien. Ceux qui avaient été mutilés ne pouvaient pas retourner dans les champs de canne à sucre pour subvenir à leurs besoins.
Aussi, les combattants sont grandement déçus car ils pensaient que leur sacrifice pour la nation leur rapporterait plus. Au niveau national, des associations d'anciens combattants voient le jour pour rassembler les doléances et les porter aux autorités avec plus ou moins de succès.
Malgré cela, la participation de la Martinique à la Grande Guerre avait renforcé le sentiment patriotique vis-à-vis de la France. Durant toute la guerre, les Martiniquais avaient démontré leur investissement à l'effort demandé pour la patrie. Pour participer à l'effort de guerre, des hommes étaient partis, d'autres étaient restés pour travailler dans les champs et répondre à la demande de rhum et de sucre, les femmes s'étaient également investies.
La guerre faisait que le Martiniquais se sentait français. Le sentiment d'assimilation à la nation française est plein et entier et les forces politiques qui militaient en ce sens se voient ravies du nouvel élan pour que la Martinique soit pleinement intégrée à la France et devienne un département français. Pour autant cela allait prendre du temps et la Martinique devra attendre Mars 1946 pour passer du statut de colonie à celui de département français.