• Monument hommage aux Martiniquais morts pour la France lors de la Première Guerre Mondiale

    La Martinique durant la Première Guerre Mondiale

    La Première Guerre mondiale éclate alors que la Martinique reste marquée par deux événements majeurs : l’abolition de l’esclavage et l’éruption de la Montagne Pelée. Saint-Pierre, autrefois capitale, a cédé sa place à Fort-de-France, tandis que l’île demeure très rurale. L’économie, centrée sur la canne à sucre, souffre de la crise sucrière en Europe, mais cette culture couvre encore la majorité des terres agricoles. La situation politique est également fragile. Cette étude retrace la vie en Martinique durant la Grande Guerre.

    23 minutes

Une scène politique sans cesse chamboulée

Administrativement, la Martinique était divisée en 2 arrondissements, 9 cantons et 31 communes. Elle était administrée par un gouverneur représentant le gouvernement français dans la colonie. Ses fonctions sont importantes et nombreuses. Il était assisté d'un secrétaire général, d'un producteur général et d'un commandant supérieur des troupes.

Deux chambres étaient chargées de la bonne marche de la colonie : le Conseil Général avec un rôle primordial et le Conseil Privé. Le Conseil Général jouait un rôle très important car il décidait du développement de la colonie et prenait d'importantes décisions. Le Conseil Privé n'avait qu'un simple rôle juridique (consultation en cas de contentieux administratif).

La sphère politique était très agitée à l'époque et les campagnes électorales étaient parfois violentes, basées sur des malversations, fraudes, pugilats, duels entre candidats. Elle était dominée à l'époque par les Républicains radicaux, généralement des mulâtres cimentés par l'héritage schœlchériste et le Parti Républicain Progressiste Martiniquais ou encore le Parti Nouveau emmené par Fernand Clerc, un puissant usinier béké, qui signifiait le retour des Blancs Créoles dans l'arène politique qu'ils avaient désertée depuis la restauration de la République.

En ralliant quelques mulâtres comme Osman Duquesnay, Clerc brisa le « Front des Républicains de couleur » divisé entre Deprogistes et Hurardistes et en profita pour faire et défaire les alliances lors des différentes échéances électorales. François Clerc et ses alliés allaient connaître des victoires importantes lors des municipales de 1904 et 1908, cette dernière qui connaîtrait l'assassinat du Maire de Fort-de-France, Antoine Siger.

Joseph Lagrossillière
Joseph Lagrossillière

Une troisième force politique allait émerger portée par Joseph Lagrosillière, un mulâtre, avocat, qui allait porter les couleurs socialistes dans la ville de Saint-Pierre avant de partir pour Saint-Pierre-et-Miquelon pendant 4 ans. En 1906, il revient en Martinique et place le Parti Socialiste dans une position dominante sur la scène politique locale.

Plus tard, il scellerait une alliance avec les Radicaux alors en perte de vitesse sous la bannière de l'Entente Républicaine. Cette formation allait remporter les élections législatives de 1910 avec la victoire de Victor Sévère dans le sud et de Joseph Lagrosillière dans le nord.

Cette Entente n'allait pas durer, chaque parti qui la composait estimait que l'alliance profitait davantage à l'un ou l'autre. Ces dissidences allaient éclater au grand jour en 1912, Victor Sévère refusait l'union pour les élections de 1912 alors qu'Amédée Knight, ancien maire de Saint-Pierre, allait maintenir l'Entente. Cette scission allait provoquer un autre coup de théâtre politique, Fernand Clerc rejoignant Victor Sévère.

Ils allaient ainsi se partager la part du gâteau lors des législatives de 1914. Joseph Lagrosillère allait persister dans l'Entente avec comme principal souci de renouer ses relations avec la S.F.I.O. En Juillet 1913, il démissionne de leur groupe parlementaire protestant contre leur absence de soutien aux « idées d'émancipation et d'assimilation progressive des indigènes des colonies qui constituent la traction même de la France révolutionnaire ». En effet, depuis 1874, la Martinique et la Guadeloupe luttaient pour changer de statut passant de colonie à celui de département français.

Contexte militaire

Du côté de la Martinique pour assurer la défense de l'île il existait une compagnie d'infanterie coloniale, une batterie d'artillerie et services auxiliaires. Les troupes étaient placées sous le commandement d'un lieutenant-colonel d'infanterie coloniale, commandant supérieur des troupes du groupe des Antilles, qui avait sous ses ordres le directeur du service de santé, le directeur de l'artillerie et sous-intendant militaire et le directeur de l'intendance.

Fort Desaix à Fort-de-France
Fort Desaix à Fort-de-France

L'île possédait de nombreux points de défense dont plusieurs forts équipés de canons tels le fort Saint-Louis, le fort Desaix (photo ci-dessus), le Fort Tartension et des batteries à la Pointe des Nègres et celle de la Vierge.

L'existence de ces contingents quasi-métropolitains dans la colonie permettait d'accentuer la présence de la France. Ils étaient là pour maintenir l'ordre et assurer la sécurité des biens et des personnes. Si la proportion de Martiniquais était aussi faible dans l'armée, c'était simplement parce que le service militaire n'existait pas dans les colonies malgré la forte revendication des hommes politiques. Ces derniers avaient toujours réclamé le droit d'effectuer le service militaire et de payer l'impôt du sang, symboles d'une assimilation intégrale.

Quand les lois militaires de 1889 à 1912, les nombreuses lois militaires qui avaient vu le jour en métropole, n'avaient pas été appliquées aux colonies pour des raisons financières et organisationnelles. L'autre raison majeure était que les békés s'y opposaient énergiquement craignant leur sécurité et rejetaient l'idée de se retrouver dans les chambres avec les Noirs. Économiquement, aussi car le service militaire les priverait d'une main-d'œuvre importante, l'immigration des « Koulis » avait été arrêtée en 1885.

Si les Martiniquais tenaient tant à effectuer leur service militaire, c'est parce qu'ils voyaient en l'armée une école d'égalité où tous peu importe leur couleur de peau, leur origine, leur niveau de richesse pourraient être soumis à la même discipline, astreintes aux mêmes obligations et traités de la même façon. De plus, le service militaire dans les colonies c'était aussi reconnaître les ultramarins comme des citoyens français à part entière et faisant partie de la nation française.

Pour les politiques, refuser aux Martiniquais de verser leur sang pour la Mère-Patrie signifiait que la France ne les considérait pas comme de vrais Français.